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Correspondances de poilus 1914-1918

Août 1914 – La mobilisation en Bretagne

Lorsque le la mobilisation générale fût décrétée le 1er août 1914, l’annonce se répand rapidement dans toute la Bretagne. Les affiches sont placardées dans toutes les communes et  partout en en France. Dans les villes comme dans les campagnes la nouvelle surprend un peu, pourtant la guerre est redoutée depuis plusieurs semaines. « Le tocsin a sonné dans le bourg, on s’est rassemblés devant la mairie pour lire l’affiche. Cette fois, c’était bien la guerre. » Les hommes en âge de combattre rejoignent leur régiment, souvent dans les jours ou les heures qui suivent. Beaucoup sont paysans, artisans ou marins. Ils quittent leurs familles sans savoir pour combien de temps. En Bretagne la mobilisation se déroule dans le calme et la discipline. Les départs se font dans une atmosphère mêlée de gravité et de résignation mais aussi de confiance. Certains plaisantaient encore en montant dans le train mais dans les regards, on voyait l’inquiétude. Les gares deviennent des lieux de rassemblement, des trains entiers emmènent les soldats vers les casernes puis vers le front. Les femmes, les enfants et les anciens restent, chargés de faire vivre les fermes et les foyers. Très vite, la Bretagne, comme le reste du pays, entre en guerre.

Témoignage : André GAUDIN voit son père Louis partir à la guerre, il dit « La seule chose dont je me souviens, c’est que la famille a accompagné mon père militaire en partance de sa maison à la route départementale (nous supposons qu’un ramassage avait lieu à cet endroit) il  a porté son plus jeune fils d’un an, prénommé Louis également jusqu’au point de départ, il a remis l’enfant dans les bras de son épouse et n’est jamais revenu, il a été tué au début de la guerre.« 

Témoignage : Eugène PAMBOUC du 24 février 1915

              

Brest, Jeudi 24 février 1915,

Chers parents,

J’arrivai à midi à Brest. A notre arrivée, on m’a cueilli avec les camarades et en avant pour la caserne Fautras où l’on prend nos noms chez les officiers et les majors. Nous retournons ailleurs où l’on reprend nos noms et nous touchons une couverture pour la nuit. Après 5 heures, petit tour en ville. Le lendemain on nous habille, ce sont les premiers exercices, puis la soupe ; vers 9 heures le rata. Mercredi nous retournons à l’exercice et à la corvée. Jeudi : exercices, rata excellent, lard frais et bœuf, pois et patates. La cuisine est bonne, le jus aussi. Je vous défends de me rien m’envoyer, j’ai ce qu’il faut.

Je vous dirai que Brest est une ville rare, il faut avoir vu la rade où évoluent 50 bateaux de tous tonnage, chaloupes et vapeurs, ses larges routes sillonnées de tramways doubles, ses élégantes et fascinantes devantures, ses milles beautés impossibles à décrire pour s’en faire une idée. Quand la nuit descend, que le port et la ville s’allument de mille feux, c’est vraiment féérique et majestueux.

La ville est plus que pleine de soldats et il arrive des civils tous les jours. Je me suis vite fait au métier. Je compte déjà que des amis ; j’espère que tout ira au mieux. Je crois qu’ils nous paieront nos souliers, chaussettes et caleçons. Je m’arrangerai pour mes gilets, casquette et culottes. J’ai touché un képi, une veste, une cravate, un caleçon, des jambières, une gamelle, quart, cuillère et fourchette.

Vous parlez si les brestois nous regardent passer ! J’ai eu la surprise de voir mon cousin Eugène Pambouc arrivé de mardi soir de Paris, il n’est point encore habillé. Nos chefs sont bons et doux. J’ai écrit chez Languille. J’écrirai à ma marraine et à mon parrain. Vous ne sauriez croire comme l’habit me va ! Priez pour moi que je puisse le garder et faire tout mon devoir ! J’ai si peu envie d’être un lâche que je voudrais servir mon pays comme le petit et cher Dragon Désiré !

Il y en a ici plusieurs revenus du front même des médaillés. Ce qu’ils sont beaux à voir avec leurs habits sales et déchirés et leur front de héros hâlés et brunis par les fatigues et les souffrances de la guerre ! Je voudrais être l’un d’eux. Je n’ai jamais autant compris qu’il fallait aimer la France. Aimez-la comme vous m’aimez mais mille fois plus que vous m’aimez ! Je ne vous ai rien dit des fortifications de Brest, elles sont, à mon sens, tout simplement admirables. Je crois la ville imprenable, aussi bien de mer que de terre. Je vous dirais que plusieurs prêtres sont venus s’habiller comme nous, je crois !

Je me tracasse le moins possible, autant vous dire pas du tout, faites comme moi. Nous avons une cantine. En passant, figurez-vous que j’ai rêvé deux fois que j’étais à Mauron en compagnie de Sohier de Brignac. ça m’a été une émotion bien douce, j’ai dormi d’un bon sommeil. Je pense sans cesse à tous ! à vous, chers et bien-aimés parents vers qui va tout mon amour de fils. Désiré et Françoise vers qui va tout mon amour de frère ! Mon parrain et ma marraine, vers qui tout mon amour de filleul, Chez Salmon, Haméon, Languille et Hervot vers qui va tout mon amour d’ami.

Je crois que nous passons la visite demain, ce sera comme ce sera ! Mon sort n’est point entre mes mains, on m’a dit qu’on nous vaccinera. Dites bonjour à tous que vous me savez chers entre tous ! N’oubliez point notre bon chat qui sait si bien caresser et aimer !

Dites-vous bien que si je ne puis vous aider c’est seulement de la faute des boches ! Priez pour qu’ils soient bientôt esquintés ! Dites à Françoise de me remplacer un peu auprès de vous, quant à toi maman, conserve bien tes yeux ! sois prudente. Entr’aimez-vous comme je vous aime ! Comme on s’aime ici à la caserne, ici c’est une grande maison et une grande famille !

Je vous souhaite toujours de vous bien porter ! ma santé, à moi, idem. Cœur contrariable, yeux et estomac aussi !

Devant nous on fait toujours des obus ! Ils sont quelque chose, allez ! Gare à vous les boches !

A une autre fois, votre fils aimant.

P.E à Brest – 2ème Colonial – 26ème Compagnie – 1ère Section – 2ème escouade.