Correspondances de poilus 1914-1918

18 Mars 1915 – 9 Janvier 1916 – Offensive des Dardanelles

Témoignage : « Nous débarquons sous le feu. La mer derrière nous, les collines devant. Chaque pas est une lutte et la chaleur rend tout plus difficile encore. »

Date : 18 Mars 1915 – 9 Janvier 1916

Lieu : Gallipoli (Empire Ottoman)

Résumé : Tentative alliée pour contrôler les détroits des Dardanelles et du Bosphore.

Importance : Coûteux en vies humaines, 20.000 morts chez les alliés.

Armand Désiré Marie GUILLON

Mort pour la France le 30-06-1915 (Seddul Bahr, Turquie) à l’âge de 20 ans
Né(e) le en 1895 à Saint-Brieuc-de-Mauron (56 – Morbihan, France)
Grade : Soldat
Unité : 7e régiment mixte colonial (7e RMC)
Classe : 1915
Bureau de recrutement : Vannes (56)
Matricule au recrutement : 1892
Mention : Mort pour la France
Lieu de transcription du décès Saint-Brieuc-de-Mauron (56 – Morbihan, France)

Source : Service historique de la Défense, Caen

 

 

 

Un fiasco franco-britannique
Ces poilus sont tombés très loin de chez eux, lors de combats qui opposèrent dans cette région des Dardanelles, en Turquie, les forces franco-britanniques à celles de l’Empire Ottoman, allié de l’Allemagne. Cette expédition est initiée en mars 1915 par Winston Churchill, pour prendre le contrôle du détroit, un passage maritime convoité menant à la mer Noire, et ainsi ravitaillé la Russie. L’opération vire au carnage.
Pendant neuf mois, les 79 000 soldats du corps expéditionnaire français vont connaître des souffrances terribles dans cette région surnommée à l’époque le « cul-de-sac de la mort » par le reporter de guerre Albert Londres.
L’environnement y est particulièrement hostile, du fait d’un relief difficile constitué de massifs rocheux et d’une chaleur écrasante durant l’été. Les « Dardas », affaiblis par de nombreuses maladies, sont immobilisés sur des bouts de plage à la merci des tirs des Ottomans regroupés sur les hauteurs.

Très vite, les Alliés prennent conscience du désastre et cherchent une porte de sortie. « Il y a eu
une sous-estimation de l’ennemi alors qu’on savait pourtant que depuis plusieurs années des
officiers allemands encadraient l’armée turque. On pensait encore que les Ottomans étaient mal
équipés et qu’ils étaient particulièrement rustiques », résume le lieutenant-colonel Max Schiavon,
auteur du « Front d’Orient ». « Ensuite, cela a été très mal préparé que ce soit au niveau maritime ou
terrestre. Tout était à l’avenant. On ne savait même pas comment débarquer. On a mis une
dizaine de chaloupes derrière des petits remorqueurs et les soldats se sont heurtés à des
falaises dès leur arrivée. Il n’y avait rien pour les nourrir et pour les faire boire. C’était vraiment du
grand n’importe quoi ».

Du côté Français, l’idée émerge d’ouvrir un autre front un peu plus au Nord et d’ainsi aider les
troupes serbes alors écrasées par les armées austro-hongroises. À partir de la mi-décembre, les
soldats du détroit réembarquent en direction de Salonique en Grèce. « Alors que presque tout
avait été mal organisé, la fuite a été un succès magnifique ! », souligne avec ironie Max Schiavon.
« Ils ont réussi à organiser des manœuvres de diversion. Des détachements vont faire beaucoup
de bruit pour faire en sorte que l’ennemi pense que les lignes sont encore occupées. Ils vont
aussi placer des mines ou piéger des boîtes de conserve. Quand les Turcs vont enfin se rendre
compte que les Franco-Britanniques sont en train de rembarquer, ils n’auront pas assez de temps
pour les rattraper ».

Un manque de reconnaissance
Le supplice des poilus des Dardanelles n’est pas pour autant terminé. Sur le front d’Orient, ils vont aussi vivre des heures éprouvantes, certains jusqu’à la toute fin du conflit. À leur retour, leur histoire n’intéresse pas grand monde par rapport à ce qu’on vécu les héros de Verdun ou du Chemin des Dames. Alors que dans les pays de l’ancien Empire britannique, cette expédition reste gravée dans les mémoires, du côté tricolore, elle est tombée aux oubliettes. Pour Madeleine Stocanne, présidente de l’Association nationale pour le souvenir des Dardanelles, la France a choisi après-guerre de privilégier la mémoire du front occidental. « Dans les Dardanelles, le théâtre des opérations se trouvait à près de 3 000 km, sur un sol étranger, alors que dans le même temps on se battait sur le sol français où la patrie était menacée, ce qui n’a pas été le cas pour les Britanniques », explique cette ancienne avocate dont le père a combattu en Turquie.
Le voile jeté sur cet épisode français de la Grande Guerre n’est pas sans conséquences sur les « Dardas », comme l’a constaté Max Schiavon : « La Poste va émettre des timbres sur les différentes batailles, mais rien sur les Dardanelles. En France, il n’y a qu’un seul monument pour les poilus d’Orient. Il se trouve à Marseille ». Dans quelques familles, leur souvenir est pourtant resté intact.
Source : France 24

Carte sur le front d’Orient