Correspondances de poilus 1914-1918

  • Joseph AMIAUX – 24 juillet 1916

    Morains (Marne), le 24 juillet 1916. Chère mère, Je suis arrivé ce matin dans ce nouveau pays, pays qui a été dévasté lors de l’invasion. La grange où je suis logé n’a pas trop souffert mais le bourg est dévasté, c’est un triste pays où on ne voit pas de civil, on ne voit que des tombes de militaires. C’est un peu plus loin qu’il faut en voir des tombes et de la gare il ne reste que des murs. Dans le patelin on ne trouve rien à acheter, même pas du papier. Je crois qu’on va aller dans un autre patelin un peu plus loin que la Fère Champenoise.…

  • Joseph AMIAUX – 10 janvier 1916

    Versailles, le 10 janvier 1916. Cher frère, Je viens de recevoir ta carte ainsi que celle d’Aline Moy. Envoyez moi le couteau le plus vite possible dans un petit colis que vous m’enverrez par la poste avec du chocolat et ce que vous voudrez avec mais pas de beurre. Je termine en t’embrassant bien fort. Ton frère, un poilu qui compte 4 mois de service. Cette carte, c’est où je me trouve F. Poirier. Pour le couteau ; j’aime mieux l’avoir le plus vite possible car d’ici que j’irai en perme ; je ne sais quand et pour le certificat, il ne faudra pas l’oublier.

  • Joseph AMIAUX – 13 janvier 1916

    Versailles, le 13 janvier 1916. Chère sœur, Je suis toujours en bonne santé. Nous avons passé hier la revue du général et nous allons à l’exercice tous les jours et je t’assure qu’on souffre bel et bien. Hier nous avons touché le prêt et le tabac, nous ne sommes pas bien nourris et pas bien couchés. Donnez-moi de vos nouvelles car je m’ennuie de ne rien recevoir. Je vais vous envoyer ma frimousse ces jours-ci. Je suis avec la 9e et 10e. Ton frère qui pense à toi. à Aline Amiaux – La Trinité-Porhoët – Morbihan

  • Joseph AMIAUX – 15 janvier 1916

    Versailles, le 15 janvier 1916 Bien le bonjour de Versailles, c’est la caserne où je suis cantonné. Ton frère qui t’embrasse de loin. Eugène Amiaux chez ses parents – Le Trinité-Porhoët – Morbihan  

  • Joseph AMIAUX – 17 janvier 1916

    Versailles, le 17 janvier 1916. Chère mère, Je suis toujours bien et je désire qu’il en est de même à la maison. Aujourd’hui nous avons touché tous les outils qu’il nous faut. Moi, j’ai une masse et le burin. Tout cela va encore alléger le sac et ce n’est plus les petits outils comme se servent les fantassins. Je termine car je n’ai pas le temps. Ton fils qui t’aime, Joseph. J’ai reçu la carte d’Eugène.

  • Joseph AMIAUX – 24 janvier 1916

    Versailles, le 24 janvier 1916. Chère mère, Tu trouveras peut-être rigolo 2 cartes dans la même journée mais je n’avais pas reçu ta lettre avec le billet de 5 francs. ça fait drôlement plaisir quand on aperçoit un joli petit billet comme ça dans une lettre. Je n’ai plus rien à te raconter à part la flotte qui dégringole aujourd’hui. Ton fils qui t’aime et qui se porte à merveille. Joseph.

  • Joseph AMIAUX – 25 janvier 1916

    Versailles, le 25 janvier 1916. Je suis toujours bien pour le moment et j’espère qu’il en est de même pour vous. J’ai changé d’escadron et d’escouade. Voici mon adresse : Joseph Amiaux – s/m au 1er Génie – Cie 5/27 3 Section.  à Mr et Mme Amiaux – Horlogerie – La Trinité-Porhoët – Morbihan

  • Joseph AMIAUX – 30 juillet 1916

    Morains (Marne), le 30 juillet 1916. Chère mère, Je suis content de ma journée, je suis allé à Bergères et j’ai eu la veine de trouver Eugène, Lemoine et son copain qui était venu chez nous pendant sa peine de 8 jours et un autre gars de Ploërmel. Il a été tout étonné quand il m’a vu. Je l’ai trouvé en train de jouer aux cartes en face son cantonnement. On a fait un tour ensemble. Il ne s’attendait pas à me voir, j’étais dans ces parages là. Il va venir dimanche prochain me rendre visite. On est heureux de se revoir si loin du pays. L’argent commence à s’en…

  • Joseph AMIAUX – 30 juillet 1916

    Morains (Marne), le 30 juillet 1916. Cher Frère, Aujourd’hui dimanche comme balade il n’y à que les plaines à voir. Il fait tout chaud, les grains sont presque tous coupés par ici. J’ai réussi tout de même à trouver deux cartes des environs. J’ai passé auprès de ces maisons vendredi, c’est à 1 km 900 de là où je suis. Dans le village qui est assez important il reste encore 2 ou 3 fermes. Il y a des tombes du régiment où était Joseph Bret du 68ème. Aujourd’hui il y a une revue de casernement mais ce qu’il y a de bon c’est qu’il n’y a pas de carreaux à…

  • Joseph AMIAUX – 1er août 1916

    Morains (Marne), le 1er août 1916. Chère mère,Je viens de recevoir la lettre d’Eugène ainsi que le papier qui était dedans. Ce midi on a été bivouaqué, c’est à dire qu’on a monté nos tentes et toute l’après-midi on a rien fait. On fait du café mais ce matin aussi. Dimanche j’ai assisté à une partie de la messe dans une petite chapelle du château mais comme il était l’heure de la soupe je n’ai pas resté car je m’en serais passé. Victor Hermenier a de la veine d’être chez lui. Je suis content que ma montre a été expédiée. Je termine en t’embrassant très fort.Ton fils qui t’aime, Joseph.Je…

  • Joseph AMIAUX – 9 août 1916

    Bergères-les-Vertus (Marne), le 9 août 1916. Chère mère, J’ai reçu la carte d’Aline et celle d’Eugène ce soir, une de ma marraine, et de Pierre Boussageon. La santé va toujours mais depuis deux jours j’ai la diarrhée ainsi que tous les copains, ça vient de l’eau et pourtant pour passer la soif il faut bien en boire. Aujourd’hui nous avons fait une marche et à midi nous sommes retournés à Coligny ce qui représente environ 32 kilomètres. Je t’assure qu’on en a plein le derrière ! Fait ton possible pour trouver de l’alcool de menthe Ricqlès comme en vendait Mr Périat comme ça dans l’eau c’est très bon car le…

  • Joseph AMIAUX – 13 août 1916

    Coligny (Ain), le 13 août 1916. Chère mère, Je suis dans un nouveau pays depuis hier. C’est plus agréable qu’à Aulnay aux planches. C’est un patelin pas tout à fait grand comme Plumieux. Il y a un bureau de tabac, 3 cafés, une épicerie, une charcuterie et une boulangerie. nous sommes, mon escouade, dans un grenier et nous sommes très bien ; il fait chaud et la patronne est bien gentille ; à midi, elle nous a cédé de la salade et comme ça, on va pouvoir en manger. Entre nous autres, on a acheté l’huile et le vinaigre, mais c’est cher. Enfin tant que je serai ici, je serai…

  • Joseph AMIAUX – 19 août 1916

    Coligny (Ain), le 19 août 1916. Chère sœur,Je suis toujours bien et je désire qu’il en est de même pour toi ainsi que toute la famille. J’ai encore changé d’escouade et de logement c’est la 3e escouade maintenant mais ça ne change rien pour cela et n’y à quoi adresser les lettres à la 3e.Sur la carte c’est où que nous allons chercher notre manger car c’est que le cuistot fait la popotte. Avant je logeais la 1ière maison à droite mais maintenant c’est la deuxième.Depuis que nous sommes là il y a du cidre à 0.80 le litre mais il n’est pas très buvable il est noir et le…

  • Joseph AMIAUX – 22 août 1916

    Coligny (Ain), Le 22 août 1916. Cher frèreVoilà déjà 1 mois que je suis parti de Versailles. Hier soir j’ai reçu ta carte mais j’ai remarqué que tu ne mets jamais la date comme cela je ne sais pas le temps que les lettres mettent à venir. Par ici il n’y a pas de dimanche. Les gens travaillent toujours. Notre sous lieutenant a eu son 2e galon et pour cela il a fallu turbiner comme des nègres ; ce matin nous avons commencé des tranchées et pour commencer on pioche et on pelle coucher et après à genoux et à une certaine profondeur debout. Je t’assure que c’est dur, celui…

  • Joseph AMIAUX – 27 août 1916

    Coligny (Ain), le 27 août 1916. Chère mèreJe viens de recevoir ton colis en très bon état rien de détérioré. Eugène Lemoine est venu me voir et après que la cuisine a été fini on sorti ensemble, on parle du vieux patelin alors ça passe le temps, il a mangé avec nous. L’argent commence à faire défaut car il a fallu acheter à manger tous ces jours ci. Je suis content d’avoir l’alcool de menthe.Je termine car je ne vois plus à écrire. Ton fils qui t’aimeJoseph.

  • Joseph AMIAUX – 1er septembre 1916

    Broussy-le-Petit (Marne), le 1er septembre 1916. Chère MèreJe suis toujours bien et je désire qu’il en est de même pour toi. Hier nous avons été en marche et nous avons passé dans le pays que je t’envoie. Je t’enverrai où nous avons arrêter pour camper et t’assure qu’on était bien las quand nous sommes arrivés mais ça ne nous empêche pas de nous amuser jusque 11h ou minuit après la marche faite on ne pense plus dans la fatigue qu’on a enduré. Ce soir nous devons aller coucher dans les tranchées tu vois que nous allons avoir un bon sommier et les petits crapauds qui sont dans le fond vont…

  • Joseph AMIAUX – 2 septembre 1916

    Broussy-le-Grand (Marne), le 2 septembre 1916. Cher frèreJe t’envoie la photo où nous avons cantonné jeudi. Hier soir presque toute la nuit c’était épatant de voir l’infanterie lancer les fusées ? chantes ? et les grenades tu dirais juré un feu d’artifice. Par ici il a fait des orages et il y a des peupliers une autre fois gros comme moi cassés en deux et il y en a beaucoup. Donne moi toujours des nouvelles du pays ça me désennuie beaucoup.Je termine en t’embrassant de tout cœur. Ton frangin qui pense à toiJoseph

  • Joseph AMIAUX – 19 septembre 1916

    Verdun (Marne), le 19 septembre 1916. Chère sœur, Je suis toujours bien et je désire qu’il en est de même pour toi. ça ne vaut pas il y a 8 jours ; la vie n’est pas si agréable encore aujourd’hui ; la pluie tombe et on est trempé et c’est dégoutant de travailler en tranchée de ce mauvais temps et ce qu’il y a ; il faut avoir les souliers propres le matin. Pour sortir dans un trou comme là ; il faut avoir le ceinturon comme à Versailles. Dimanche, on voyait des projecteurs qui fouillaient le temps pour découvrir des taules qui ont survolé Reims et qui ont tué…

  • Joseph AMIAUX – 26 septembre 1916

    Verdun (Marne), le 26 septembre 1916. Chère mère, La santé est très bonne et je désire qu’il en est de même pour toute la maison. J’ai reçu une lettre de M. Potard me disant qu’il avait vu Gallais et Cousin et j’en ai reçu une de J. Laire. Je n’ai encore rien reçu de vous mais ça ne m’étonne pas car les lettres n’ont pas le temps de venir. Demain soir, nous avons travail de nuit ce qui n’empêchera pas d’aller au boulot toute la journée demain ainsi que mercredi. Je ne vois plus rien à te raconter pour aujourd’hui. Je termine en t’embrassant de tout cœur ainsi qu’Eugène et…

  • Joseph AMIAUX – 29 septembre 1916

    Verdun (Marne), le 29 septembre 1916. Cher frère, J’ai reçu ta carte et je t’en remercie beaucoup car je n’avais rien reçu depuis que j’étais parti. Tu me demandes si j’ai pu le manger ; oui et il était bon mais ce n’est pas moi qui l’ai mangé tout car je partage avec Gardahaut et Kersioux. Ce matin, nous avons été au tir mais tu parles d’un temps ; nous avons été trempé jusqu’aux os et hier, c’était de sueur jusque mon pantalon car au lieu de nous faire 4 kms de moins ; ils nous ont amené dans un patelin où ça montait comme la butte ; on n’en…

  • Joseph AMIAUX – 19 octobre 1916

    Chavanges (Aube), le 19 octobre 1916. Chère mère, J’ai fait un très bon voyage, j’étais rendu hier à 8 heures à Ploërmel. J’ai trouvé les copains à la gare et on a voyagé ensemble. En route tu parles d’une vie, la moitié du train était resté en panne et il a fallu aller le rechercher. Pendant que j’étais à la maison ici il a gelé fort et les copains n’avaient pas chaud. Enfin en voilà pour 4 mois. Au plaisir de se revoir. Ton fils qui t’embrasse bien fort et qui t’aime ainsi qu’Aline. Joseph – 1er Génie – Cie 106 – 1ère Section.

  • Joseph AMIAUX – 20 octobre 1916

    Chavanges (Aube), le 20 octobre 1916. Chère MèreJ’ai reçu ta lettre hier soir attendue depuis si longtemps et je t’en remercie beaucoup. Je pense qu’Eugène devait être content d’avoir vu Fernand et j’aurais bien voulu en être de la fête. Ces jours là moi je n’étais pas aux noces il fallait s’appuyer une grande route et avec un chargement pareil et rien dans le coco. J’aurais voulu voir Fernand car dans combien de temps l’on se reverra et quand? Il doit être toujours au Génie monté pour qu’il ne va pas aux tranchées, il a eu de la veine d’avoir ce filon là, vis à vis de mon ?truc? ce…

  • Joseph AMIAUX – 26 octobre 1916

    Chavanges (Aube), le 26 octobre 1916.Chère mère, Enfin voilà les permes de 7 jours . Le premier départ est parti et tu auras la visite de Duval dimanche. Reçoit le comme il faut car c’est pour moi un chic copain. Pour moi, m’a été donné notre destination de 15 jours. J’irai revoir la Trinité. Bonjour à tous, ton fils qui t’aime.Donne à Duval un peu d’argent qu’il me remettra pour faire mon voyage. J’ai reçu le billet de 5 francs. Joseph

  • Joseph AMIAUX – 26 octobre 1916

    Chavanges (Aube), le 26 octobre 1916. Chère mère, Il y a encore un détachement de permissionnaires de parti ce matin et il y a encore 21 matricules avant que je ne partes et ce sera sûrement pour la première quinzaine de novembre et je pourrais encore manger des châtaignes d’après ce que m’a dit Eugène. J’ai reçu la photo, le mandat et le billet de 5 frs et le colis. Donc, sans faute à un de ces jours. Ton fils qui t’aime. Joseph

  • Joseph AMIAUX – 29 octobre 1916

    Chavanges (Aube), le 29 octobre 1916. Chère sœurJe suis toujours bien et je désire qu’il en est de même pour toi ainsi que maman. Aujourd’hui dimanche la flotte dégringole à plein temps et tous les jours c’est comme ça. Hier soir nous avons eu boulot de nuit et je t’assure qu’il ne faisait pas beau et boueux comme c’est on était joli. Nous attendons les permissionnaires pour aller à notre tour et je serai surement du 10 au 13 peut être avant. Maman me parlait pour des montres. Elle peut s’adresser en toute sûreté où elle me disait.Je termine en t’embrassant de tout cœur ainsi que maman. Ton frère qui…