Versailles, le 5 février 1916.
Chère sœur,
Je t’écris cette carte ; il est bientôt 10 heures et je viens de me lever et toute la journée, il faut qu’on se couche ou se jeter sur son lit. L’? est terminée et j’en suis bien content cette fois ci. Je n’ai rien eu non plus sauf une légère douleur à l’épaule. Aujourd’hui, nous avons eu moins de neige et si la terre avait été glacée; il aurait eu autrement. Ce matin, nous avons eu comme casse-croûte, un petit morceau de pâté de foie ; c’est sans doute parce que c’est dimanche et qu’on ne sort pas. Nous allons changer de caporal avant les autres escouades car ils sont désignés pour partir au front. Ce matin, j’ai eu une carte d’Hermine Moy me demandant d’aller les voir et en me disant qu’ils comptaient sur moi un de ces dimanches mais je n’irai pas tout de suite et je vais lui écrire en les prévenant de mon passage. Je ne vois plus rien à te raconter pour aujourd’hui, aussi, je termine en t’embrassant bien fort ainsi qu’Eugène et Maman. Ton frère qui pense à toi ainsi qu’au bon cidre que j’ai laissé au vieux pays du Porhoët.
J. Amiaux.