Versailles, le 12 avril 1916.
Chère sœur,
C’est avec plaisir que j’ai reçu ta lettre hier soir ; ça fait plaisir de recevoir des nouvelles de son pays. Aujourd’hui, j’ai entamé une boite de pâté ; il est très bon mais je le ménagerai. J’ai bien de tout dans mon colis mais les pastilles ; j’en ai de quoi en manger 4 ou 5 et c’est tout. Le prochain colis ; autant que possible, l’entourer entièrement de toile ou de petites planchettes, mais ne pas envoyer la montre dedans comme je l’ai déjà dit, car elle serait cassée et il n’y a pas d’horloger dans le patelin ; le plus près est à la frontière champenoise. je ne sais pas ce qui se passe au front en ce moment, mais la nuit dernière, ça cognait dur. Aujourd’hui, je suis vanné. J’ai mal aux épaules et aux reins ; c’est le poids du sac qui fait cela car il n’est pas léger ; maintenant, tout cela fait du bien ; ça développe. le réveil, maintenant, est à 4h30mn d’ici nouvel ordre.
Je termine en t’embrassant de tout cœur ainsi qu’Eugène et Maman.
Ton frère Joseph.