Correspondances de poilus 1914-1918

Avril 1917 – Bataille du Chemin des Dames

Chemin des Dames – Avril 1917

_______________________________________________________________________

Contexte de la bataille

Lieu : Marne et Oise (Reims-Soissons)

Résumé : Offensive française infructueuse.

Importance : Pertes humaines importantes, mutineries

Régiments engagés : 116e RI (Vannes) – 62e RI (Lorient) – Régiments de réserve associés

Conséquences : Certains soldats, épuisés, participent au mouvement de contestation de 1917, refusant les attaques jugées inutiles.

Contexte militaire : Lors du changement de commandement de l’armée Française, en décembre 1916, le Général Joffre avait donné les plans de l’offensive du Chemin des Dames au général Nivelle, cette offensive devait se déroulée en juin 1917. Nivelle a pris la décision d’avancer cette offensive en avril ce qui a considérablement modifié les conditions de combat. En avril 1917 la météo a joué un rôle important car à cause des intempéries, le sol était devenu très meuble ralentissant les mouvements de troupe et par conséquence la vulnérabilité des soldats dans leurs assauts ou lors de leurs déplacements.

 

L’offensive Nivelle

Au printemps 1917, le plateau de Californie s’étire sous un ciel pâle, long ruban de terre crayeuse entre l’Aisne et l’Ailette. Un paysage ouvert, sans refuge, où chaque mouvement est visible. Depuis des jours, l’artillerie tonne sans interruption. Le sol tremble, se fissure, éclate sous les obus. La craie blanche remonte à la surface, pulvérisée, recouvrant tout d’une poussière pâle, presque irréelle.

Puis vient l’ordre d’attaque.

Les hommes sortent des tranchées et montent à découvert. Ils avancent en lignes, chargés, silencieux d’abord, puis brisés par le feu qui les attend. Car en face, les positions allemandes sont intactes. Les mitrailleuses balayent le plateau, fauchant les silhouettes qui se détachent sur la pente nue. Chaque mètre gagné se paie aussitôt. On tombe, on se relève, on rampe dans les trous d’obus. Le terrain devient un piège, un labyrinthe de cratères et de débris. La progression ralentit, puis s’arrête. Les hommes s’accrochent à ce qu’ils ont pris, quelques tranchées bouleversées ou des lambeaux de terrain.

Mais tenir est presque pire qu’attaquer.

L’artillerie ennemie répond, méthodique, écrasante. Jour et nuit, les obus s’abattent sur les positions conquises, la terre vole, retombe, ensevelit parfois les vivants avec les morts. Il n’y a pas d’abri sûr, les trous creusés à la hâte s’effondrent, les abris de fortune cèdent sous les impacts.

La pluie transforme la craie en une boue collante. La poussière devient pâte, les hommes vivent dans cette matière mêlée de terre et de sang. La fatigue s’installe, profonde. On dort peu, on mange mal, on attend souvent. Les ravitaillements peinent à arriver jusqu’aux lignes avancées.

Entre les positions, des blessés restent coincés, inaccessibles sous le feu, leurs appels résonnent parfois longtemps avant de disparaître dans le vacarme. Peu à peu, le doute s’insinue. Pourquoi ces attaques répétées, pour quelques mètres aussitôt perdus ou repris ? Sur le plateau, les villages ne sont plus que des ruines, les arbres ont disparu.
Les routes elles-mêmes se devinent à peine,  out est nivelé, broyé, effacé.

Les hommes tiennent pourtant, par habitude, par devoir et surtout les uns pour les autres. Ils partagent le peu qu’ils ont, un morceau de pain, une gorgée de vin, un mot.
C’est dans cette solidarité fragile que subsiste encore un peu d’humanité. Mais le Chemin des Dames devient peu à peu le symbole d’une illusion brisée. 
L’offensive, annoncée comme décisive, s’enlise, elle laisse derrière elle des milliers de morts, et des survivants épuisés, marqués à jamais.

Sur cette crête blanche, la guerre n’avance plus, elle use, elle broie et elle s’installe.

Bilan et conséquences

Les mutineries de 1917 – la rupture morale

L’échec de l’offensive du Chemin des Dames ne se mesure pas seulement en pertes humaines, une crise profonde s’installe au sein de l’armée française. Au printemps 1917, après des semaines d’attaques inutiles et meurtrières le moral des soldats s’effondre. On leur avait promis une percée rapide, une victoire décisive. Ils n’ont trouvé que la mort, la fatigue et l’impression d’être sacrifiés sans raison.

Dans les unités relevées du front, la colère monte, les hommes parlent entre eux, comparent leurs expériences et la même question revient : pourquoi repartir à l’attaque dans ces conditions ? Peu à peu, des refus apparaissent, refus de remonter en ligne, refus d’obéir à des ordres jugés absurdes. Ce ne sont pas des révoltes désordonnées,
ni des tentatives de renverser l’autorité. Les soldats ne refusent pas la guerre en elle-même, ils refusent les offensives inutiles.

Dans certains régiments, on chante, on proteste, on réclame des permissions, de meilleures conditions de vie et surtout la fin des attaques suicidaires.

Le mouvement s’étend rapidement touchant des dizaines de divisions au cours des mois de mai et juin 1917.

Face à cette situation grave, le commandement réagit. Le général Nivelle, à l’origine de l’offensive, est remplacé par le général Philippe Pétain.

Pétain comprend que la situation est avant tout morale, il rétablit une discipline ferme, mais évite la répression aveugle. Des conseils de guerre sont organisés : plusieurs milliers de soldats sont jugés mais seules quelques dizaines d’exécutions sont réellement appliquées.

En parallèle, il améliore les conditions de vie : permissions plus régulières, ravitaillement renforcé, rotation des unités pour éviter une usure trop rapide. Surtout, il met fin aux grandes offensives inutiles. L’armée française adopte une stratégie plus prudente limitant les attaques aux objectifs préparés et réalisables. Peu à peu, le calme revient dans les rangs et les mutineries cessent durant l’été 1917.

Mais cette crise laisse une trace profonde, elle révèle les limites de l’endurance humaine face à une guerre industrielle où le courage ne suffit plus.

Après le Chemin des Dames, l’armée française comprend qu’elle ne peut plus gagner au prix de sacrifices aveugles, et derrière les lignes, une vérité s’impose :
les soldats peuvent tenir mais seulement si on ne leur demande pas l’impossible.

Témoignages des Poilus du Pays de Ploërmel

Alphonse Gardahaut – La Trinité-Porhoët  –  28ème Régiment du Génie : Ami de Joseph Amiaux, il était amoureux d’Aline la sœur de Joseph et lui a écrit beaucoup de lettres. Il est mort à quelques jours de l’armistice devant son ami Joseph.

Lettre d’Alphonse Gardahaut du 8 août 1917 au Chemin des Dames

Lettre d’Alphonse Gardahaut du 28 août 1917 au Chemin des Dames

Joseph Amiaux – La Trinité-Porhoët – 46ème Division de Chasseurs Alpins  : Joseph était horloger à la Trinité-Porhoët et a repris son commerce après la guerre.

Lettre de Joseph Amiaux du 10 mai 1917 au Chemin des Dames

Lettre de Joseph Amiaux du 12 août 1917 au Chemin des Dames 

Lettre de Joseph Amiaux du 22 septembre 1917 au Chemin des Dames 

Lettre de Joseph Amiaux du 26 septembre 1917 au Chemin des Dames 

Hervé Louis – Saint Marc – 24ème division 10ème Régiment d’Artillerie 

Lettre d’Hervé Louis du 6 mai 1917 au Chemin des Dames 

Soldats du Pays de Ploërmel morts pour la France au Chemin des Dames 

Il existe 14 cimetières ou nécropoles en France où reposent les corps des Poilus morts pour la France. Le cimetière militaire  de Cerny-en-Laonnois abrite 5 204 corps de soldats, 5 150 français dont 2 386 corps en ossuaires. Parmi eux se trouvent les corps de 54 soldats russes. 

Constant MARIVIN – 104ème régiment d’infanterie est né le 28 octobre 1874 à Ménéac (Morbihan) et est décédé le 17 octobre 1917 à Prosnes (Marne) Fils d’Anatole Pierre Marie MARIVIN et Marie Françoise SERVIGET. Marié le 10 novembre 1909 à Merdrignac avec Constance Anne Marie LERAY. Au moins 1 fille : Denise Victorine (1913)

Armand CAUDAL – 2ème régiment d’Artillerie est né le 5 février 1883 à Lantillac (Morbihan) et est décédé le 25 juillet 1917 à Prosnes (Marne) Il était incorporé au 2ème régiment d’Artillerie

Célestin ÉLOUARD Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc est né le 21 juillet 1881 à Mohon (Morbihan) et est décédé le 7 mai 1917 à Hurtebise (Aisne) – La Ferme Hurtebise était sur la commune de Bouconville Vauclair (Aisne) proche de Craonne.