Morains (Marne), le 24 juillet 1916.
Chère mère,
Je suis arrivé ce matin dans ce nouveau pays, pays qui a été dévasté lors de l’invasion. La grange où je suis logé n’a pas trop souffert mais le bourg est dévasté, c’est un triste pays où on ne voit pas de civil, on ne voit que des tombes de militaires. C’est un peu plus loin qu’il faut en voir des tombes et de la gare il ne reste que des murs. Dans le patelin on ne trouve rien à acheter, même pas du papier. Je crois qu’on va aller dans un autre patelin un peu plus loin que la Fère Champenoise. Il ne va pas faire chaud coucher sous une grange comme ça car elle est remplie de trous dans les murs. Enfin il faut s’habituer à la misère. Ca ne vaudra pas Versailles comme vie.
Tu m’adresseras mes lettres : 1er Génie – 106 Cie – Section 2 – Escouade 1 par Versailles à suivre car le secteur n’est pas encore établi ou on ne nous l’a pas dit. Le pays ne vaut pas encore la Bretagne.
Bien le bonjour à tous, ton fils qui t’aime, Joseph.
