Alphonse Mathurin Marie GARDAHAUT est né le 18 septembre 1897 à Ploërmel (Morbihan) et est décédé à vingt ans à Wassigny (Aisne) le 25 octobre 1918.
Il était incorporé au 28ème Régiment du Génie.
« Joseph AMIAUX a vu son camarade Alphonse mourir devant lui. Choqué, terriblement peiné et malheureux, il a écrit deux lettres à sa mère, l’une rédigée une heure après la mort atroce de son ami et l’autre le lendemain«
Alphonse GARDAHAUT était amoureux d’Aline, la sœur de Joseph AMIAUX. Il lui a écrit très souvent durant la guerre dont on trouve ici plusieurs missives.


Coulonges (Marne) Sur le front de la bataille de la Marne, le 8 août 1917.

Chère Aline,
Je t’écris quelques mots pour te donner de mes nouvelles qui sont très bonnes pour le moment. Je pense que ma carte te trouve de même. Nous avons changé de patelin, maintenant nous somme à Coulonges près de Fismes, nous devons monter d’ici quelques jours vers Craonne, ce ne sera pas encore le filon car c’est un mauvais secteur, il faut espérer que tout se passera pour le mieux. Je ne vois rien à te dire pour le moment. Bien le bonjour à Madame et Eugène Amiaux. Un ami qui vous embrasse bien fort de loin.
Alphonse

Craonne (Aisne), Sur le front au Chemin des Dames, le 28 août 1917.
Chère Aline,
Je t’écris ces quelques mots pour te donner de mes nouvelles qui sont très bonnes pour le moment. Je pense que ma carte te trouve de même. Ici, il ne fait pas si beau qu’à la Trinité car il pleut de temps en temps pour le moment dans ce secteur de Craonne ce n’est pas trop terrible. Heureusement pour nous car ce ne verrai pas le filon. Je pense que le temps que nous avons dans ce secteur et cela continuera … aller en perme pour 10 jours à ce jour, nous passerons encore 5 minutes de plaisir et le temps ne sera pas long malheureusement. Enfin, je ne vois plus rien à vous dire pour le moment car je vais aller au travail. Tu diras bien des choses à ta mère ainsi qu’à Eugène. Un poilu qui t’embrasse bien fort de loin.
Alphonse ; Vivement une perme.
Le 4 décembre 1917.
Ma chère Aline,
Je rends réponse à ton aimable lettre qui m’a fait plaisir de recevoir de tes nouvelles qui sont très bonnes pour le moment, moi, il en est de même pour le moment. Je pense que Joseph a dû vous écrire pour et que vous demandiez sur ma lettre. Maintenant, nos lettres arrivent bien. Nous recevons nos colis en bon état. Quand nous retournerons en France, tu parles d’une bombe qu’on fera et je crois qu’on s’amusera si on peut pas s’en retourner. On restera coucher. Par ici, le temps est toujours le même à part quelques jours où nous avons eu un temps sombre mais il ne fait pas trop froid. Pour le baiser de ta petite cousine Aline Moy, tu la remercieras et tu lui en donneras autant pour moi. Tu embrasseras bien ta mère pour moi. Reçois d’un ami son plus doux baiser.
Alphonse
Le 26 janvier 1918.
Chère Aline,
Deux mots pour te donner de mes nouvelles qui sont toujours très bonnes et je pense qu’il en est ainsi pour toi. Aujourd’hui, nous avons vu la liste des permissionnaires et je suis le dixième à partir et Joseph le 24e mais je m’en vais retarder ma permission pour partir en même temps que Joseph. Nous comptons être rendu vers la fin du mois. Maintenant, on ne dort plus car on sent la perme proche. je ne vois plus rien à te mettre. Bien des choses à ta mère ; ton ami qui t’embrasse bien fort de loin.
Alphonse
Cartes postales envoyées par Alphonse Gardahaut.


Le 29 janvier 1918.
Chère Aline,
Deux mots pour te donner de mes bonnes nouvelles et toi, j’espère que tu vas mieux. Ici, il fait toujours un temps superbe. Aussi, nous sommes très fatigués de cette chaleur. Je ne vois pas grand chose à te dire. Tu donneras le bonjour à ta cousine Annie et la petite Aline. Bien des choses à ta mère. Ton amie qui t’embrasse bien fort de loin.
Alphonse

Le 31 janvier 1918.
Chère Aline,
Deux mots pour te donner de mes nouvelles qui sont très bonnes pour le moment et je pense que ma carte te trouve en meilleure santé. J’ai vu la lettre que tu as envoyé à Joseph ce midi. Je vois que ton doigt va mieux et que quand on ira en perme, on pourra s’amuser. Je n’ai rien de nouveau à te raconter. Bien le bonjour à ta mère. Ton petit ami qui t’embrasse bien fort de loin.
Alphonse
Le 27 janvier 1918.
Chère Aline,
Deux mots pour te donner de mes nouvelles qui sont très bonnes pour le moment et je pense que ma carte te trouve en meilleure santé. Tu ne m’avais pas dit que tu étais malade et cela me fait beaucoup de peine de te voir souffrir mais j’espère que ça va déjà mieux. Aussi je m’en vais t’écrire tous les jours ainsi tu te désennuieras car j’attends que tu sois en bonne santé pour recevoir de tes nouvelles . Je ne vois plus rien à ta raconter. Bien le bonjour à ta mère. Ton petit ami qui t’envois le plus doux des baisers.
Alphonse
Le 5 février 1918.
Chère Aline,
Deux mots pour te donner de mes nouvelles qui sont encore très bonnes et que pour toi il en est de même. Nous devons changer de ville jeudi et nous avons au moins 28 kms à faire, ce n’est pas gai avant d’aller en perme mais malgré tout le courage ne nous manquera pas. Bien le bonjour à ta mère et à toute la famille, ton petit ami qui t’embrasse de loin.
Alphonse
Le 18 mars 1918.
Ma chère petite Aline,
Deux mots pour te donner de mes bonnes nouvelles et comme je l’espère que ma carte te trouve en bonne santé. Je suis monté en ligne depuis hier jusqu’à ici, ça s’est très bien passé car ici je n’ai pas le travail qui est dur mais nous sommes tranquilles. Joseph n’est pas avec moi, ils sont un peu plus sur la gauche . Je le reverrai en descendant. Je ne vois plus rien à te dire et je finis ma carte en t’embrassant bien fort. Bien des choses à ta mère. Celui qui t’aime.
Alphonse

Picquigny (Somme), le 13 avril 1918.
Ma chère petite Aline,
Deux mots pour te donner de mes nouvelles qui sont très bonnes et j’espère que ma carte te trouve de même. Je suis toujours au même endroit et il est question que demain nous nous déplacerions mais j’espère que nous ne monterons pas en ligne de suite. Nous avons un temps assez beau et j’espère qu’il continuera. Je ne vois rien à te dire pour aujourd’hui.
Reçois mille bons baisers de ton petit ami qui t’aime.
Celui qui t’aime pour toujours,
Bien des choses à ta mère.
Alphonse

Candas (Somme) le 27 avril 1918.
Ma chère petite Aline,
Deux mots pour te donner de mes nouvelles qui sont très bonnes et j’espère que ma carte te trouve de même. Ce matin, nous nous sommes déplacés, nous avons eu pour trois heures, nous avons fait quinze kilomètres et nous sommes à Candas mais nous y serons pas encore longtemps. Nous passerons quelques jours et nous repartirons, nous devons aller du côté des Flandres.
Je finis ma carte en t’embrassant bien fort.
Reçois de ton petit Alphonse un doux baiser.
Alphonse
Candas (Somme) le 29 avril 1918.
Ma chère petite Aline,
Deux mots pour te donner de mes nouvelles qui sont très bonnes et j’espère que ma carte te trouve de même. Dans ce pays nous avons un temps assez favorable mais humide. Ici nous croyons rester quelques jours et après nous devons monter en deuxième ligne car nos officiers ont été reconnaître les tranchées ce matin. Je crois que le secteur n’a pas l’air trop calme car ça y marmite dur. J’espère que tout se passera pour le mieux et que nous y resterons pas trop longtemps.
Bien le bonjour à ta mère,
Ton petit ami qui t’embrasse bien fort de loin.
Reçois un doux baiser.
Alphonse
Pas-de-Calais, le 2 mai 1918.
Ma chère petite Aline,
Deux mots pour te donner de mes nouvelles qui sont très bonnes et j’espère que ma présente carte te trouve de même. Aujourd’hui nous avons changé de pays et nous nous approchons d’Arras. Je crois que nous resterons encore quelques jours ici. Je finis ma carte en t’embrassant bien fort. Celui qui t’aime pour toujours.
Alphonse
Doullens (Somme), le 8 mai 1918.


Ma chère petite Aline,
Je t’écris ces quelques mots pour te donner de mes nouvelles qui sont très bonnes et j’espère que ma carte te trouve de même ainsi que ta mère. Nous sommes toujours au même endroit et aujourd’hui nous avons un temps superbe. Je suis de garde toute la journée jusqu’à cinq heures ce soir et nous travaillons toujours dans ce champ d’aviation. Voilà huit jours que je n’ai rien reçu de toi, cela m’ennuie car je me demande ce que tu deviens. J’espère recevoir de tes nouvelles demain, cela me fera plaisir.
Je finis ma carte en t’embrassant bien des fois de loin.
Reçois de ton petit Alphonse son plus doux baiser.

Saint-Omer (Nord), le 18 mai 1918.
Ma chère petite Aline aimée,
Deux mots pour te donner de mes nouvelles qui sont très bonnes et j’espère que ma carte te trouve de même. Hier, nous nous sommes encore déplacés et nous en avons vu de dures par ces grandes chaleurs. Sur la compagnie, il ne restait que le quart des hommes en arrivant. Tous les autres, nous étions restés en route. Aussi, aujourd’hui, nous avons repos et je crois que nous resterons quelques jours. je suis dans un pré avec trois copains sous la tente mais nous n’avons pas froid. je ne vois plus rien à te dire. Je finis ma carte en t’embrassant bien fort de loin. Ton petit ami qui t’aime.
Alphonse
Saint-Omer (Nord), le 21 mai 1918.
Ma chère petite Aline,
Je m’empresse de répondre à ta carte que j’ai reçue aujourd’hui et qui m’a fait plaisir de recevoir de tes nouvelles. Demain nous devons nous déplacer c’est à dire dans la nuit et nous ne savons pas où nous allons. Il est question que nous montions en ligne mais ce n’est pas sur car à la division il y a des épidémies et cela nous retarderait.
Je ne vois plus rien à te dire pour le moment.
Je finis ma carte en t’embrassant bien fort de loin.
Reçois de ton petit ami qui t’aime pour la vie un doux baiser.
Alphonse
Poperinghe (Belgique), le 8 juin 1918.
Chère Aline,
Deux mots pour te donner de mes nouvelles qui sont très bonnes et j’espère que ma carte te trouvera de même. Nous embarquons demain soir et nous prenons la direction de Paris ; peut-être serons nous au repos dans cette région. Maintenant, les lettres sont arrêtées pendant trois ou quatre jours. Je ne vois plus rien à te dire pour aujourd’hui. je finis ma carte en t’embrassant bien fort de loin. Ton petit ami qui t’aime pour la vie.
Alphonse

Suippes (Marne), le 5 juillet 1918.
Chère Madame Amiaux,
Je m’empresse de répondre à votre lettre que j’ai reçu aujourd’hui et qui m’a fait plaisir d’avoir de vos nouvelles qui sont très bonnes, pour moi, il en est de même. Nous nous sommes déplacés en camion et nous sommes à l’arrière de Suippes où nous étions à l’instruction quand nous étions au 1er Génie. Ici, il fait un temps superbe et il fait même trop chaud. On se demande ce qu’on va faire de nous. En ce moment, les permes ne marchent pas vite et je ne suis pas prêt d’y aller faire un tour au Porhoët. je ne vois plus rien à vous dire. je finis ma carte en vous embrassant bien de loin.
Alphonse
Bataille de la Marne, le 15 juillet 1918.


Ma chère petite Aline aimée,
Deux mots pour te donner de mes nouvelles qui sont très bonnes et j’espère que ma carte te trouve de même ainsi que ta mère. Ici il fait un temps superbe et ce matin les boches ont déclenché leurs grandes offensives mais ils sont tombés sur un bec et ils n’ont pas avancé comme aux autres aussi. Il fallait entendre ce roulement de canon dans la nuit. Nous avons été alertés et nous avons bouché des trous de marmites qui avaient coupé une route. Nous avons eu notre lieutenant de blessé. Ce soir les boches remettront ça et j’espère qu’ils ne réussissent pas encore . Je finis ma carte ma petite chérie en t’embrassant bien de loin. Ton petit Alphonse qui t’aime et qui ne cesse de penser à toi.
Alphonse
Extrait de l’historique des 1er et 21ème Régiments du Génie (Campagne 1914-1918)

Le 21 août 1918.
Ma chère petite Aline aimée,
Deux mots pour te donner de mes nouvelles qui sont très bonnes et que ma carte te trouve de même. Ici nous sommes dans un bois pour réparer les routes en attendant la relève car j’espère maintenant que ça ne tardera pas car il passe des blessés en masse ici. Il fait un temps superbe même un peu trop chaud. Je ne vois rien et intéressant à te raconter pour le moment, je termine ma petite chérie en t’embrassant de tout cœur, reçois de ton petit poilu qui t’aime son plus doux baiser.
Alphonse.


