Aix la Chapelle, le 4 janvier 1918.

Chère sœur,
Je t’envoie une vue d’Aix la Chapelle. c’est très joli comme ville. la statue que tu vois là sur cette carte, c’est le Kaiser enfermé dans une cage en bois. je ne croyais pas que c’était comme ça chez eux. Ton frère qui t’aime.
Joseph.
Jülich (Allemagne) le 05 janvier 1918.
Chère Maman,
J’ai reçu ta lettre il y a deux jours et je te remercie. Ce matin, j’ai été me faire arracher une dent. Il fait toujours très froid, il y a toujours de la neige ; vivement le retour en France, pourtant en ce moment, nous ne sommes pas malheureux. Mais ce qu’il est, c’est que les cochons sont mieux nourris que nous. Bons baisers de ton fils qui pense à toi.
Joseph.


Jülich (Allemagne) le 05 février 1918.
Chère Maman,
Je suis toujours bien et je souhaite qu’il en soit de même pour toi. Ici c’est le rêve ce n’est plus la 28/3. Où nous sommes logés, nous sommes mon copain et moi comme deux gars de la maison. Nous mangeons chez eux et tous les soirs avant d’aller au lit, une tasse de lait bien chaud. Enfin pour le moment, c’est les plus beaux jours depuis que je suis troufion, je n’aurais jamais trouvé pareil. Bon baiser de ton fils.
J. Amiaux



Le 8 Janvier 1918 (6 heures du soir). Suis arrivé en Italie et suis toujours en bonne santé. Bonjour à Mr. Dupré. Ton frère, Joseph.

Thiene (Italie) le 16 janvier 1918.
Chère mère,
Ce midi, j’ai reçu ta lettre du 8 et celle d’Aline du 11. j’ai écrit aussitôt à ma marraine pour la remercier. Je n’avais pas eu de nouvelles de vous autres depuis que Eugène m’avait envoyé la carte. reçois un doux baiser de ton fils.
Joseph.


Bonjour de ton frangin qui pense à toi et qui pense te revoir sous peu. Joseph à son frère Eugène.


Thiene (Italie) le 25 janvier 1918.
Chère sœur,
J’attends toujours un colis mais je n’en reçois pas souvent, c’est peut-être le colis que ma marraine m’avait fait expédié et pourtant j’en ai besoin et aussi de l’argent. Reçois ainsi que maman un affectueux baiser.
Joseph.



Thiene (Italie) le 27 janvier 1918.
Je suis toujours en bonne santé et je souhaite qu’il en est de même pour toi ainsi qu’Aline. Aujourd’hui encore pas de nouvelles et je commence à m’ennuyer. J’ai eu des nouvelles de Eugène qui m’a dit de te dire que tu ne lui écrit pas souvent et de lui envoyer des timbres. Tu peux m’envoyer des colis et de l’argent plus souvent car la nourriture n’est pas très bonne. Reçois un doux baiser de la part de ton fils qui pense à toi.
Joseph.
Thiene (Italie) le 29 janvier 1918.
Chère Maman,
La santé est toujours bonne et je souhaite qu’il en est de même pour toi ainsi qu’Aline. Ca va de mieux en mieux si nous ne montons pas en ligne dans le courant de février. Il y a des chances que je sois au pays, ainsi qu’Alphonse, vers le 25 janvier. Je n’ai rien eu encore, j’attends le pognon avec impatience. Ton fils qui pense à toi et qui t’embrasse de Thiene.
Joseph.
Le 10 mars 1918.
Chère sœur,
Je suis toujours bien surtout depuis hier que j’ai fait sauter l’autre dent qui me faisait souffrir. Nous sommes pas mal dans ce secteur. L’on serait encore mieux à l’arrière mais ça peut aller. Il s’est rendu des Autrichiens ; dans le nombre, il y avait un capitaine et d’autres officiers ; les types en avaient marre. Reçois de ton frère un affectueux bonjour ; embrasse bien Maman pour moi.
Joseph.


Galliera Veneta (Italie) Mars 1918
Cher frère,
merci de ta carte qui m’est parvenue hier soir. Enfin, nous retournons en France. Sur la carte à maman j’ai oublié de lui dire de m’envoyer de l’argent et des colis car après un voyage comme ça, la bourse va se vider. En arrivant sur le front français j’en aurais besoin. Il n’y a qu’à expédier à la même adresse vu qu’elle ne change pas.
Ton frère qui t’aime pour la vie.
Joseph
Doullens (Somme), le 14 mai 1918.
Cher frère,
Nous partons demain en camion ; nous prenons la direction de la Belgique. Je suis toujours bien et souhaite qu’il en soit de même pour toi. Je t’enverrai un mot quand je serai à destination. Reçois de ton frère un bonjour.
Joseph.

Doullens (Somme), le 14 mai 1918.
Chère maman, Nous partons demain en camion. Quelle destination ? Je ne peux te dire mais nous filons vers le nord, je crois que c’est la Belgique. Depuis quelques jours je ne reçois plus de lettres de personne et c’est vrai que pour les lettres ça ne le fait pas bien.
Reçois de ton fils un doux baiser. Joseph
Lindern (Allemagne – Basse-Saxe) le 2 juin 1918.
Chère Maman, Je suis de retour à Lindern mais pas pour bien longtemps, j’ai reçu le mandat de 35 francs hier et je vous remercie. La santé est très bonne et je souhaite qu’il en est de même pour vous. Il fait très chaud par ici. Je ne serais pas là pour la fête, c’est bien embêtant. Je vais finir par devenir un bon cavalier car je fais des tours à cheval.
Bons baisers à tous, ton fils tout dévoué. Joseph.


Vignacourt (Somme), Le 24 juin 1918.
Cher frère,
Je suis toujours bien et je souhaite qu’il en soit de même pour toi. C’est une vue du pays où nous sommes. Nous attendons le moment de monter en lignes ; il y a quelque chose comme des bombardements. Ton frère qui t’aime.
Joseph.
Vignacourt (Somme), Le 27 juin 1918.


Chère Maman,
Je suis toujours bien et je désire qu’il en soit de même pour toi ainsi qu’Aline. J’ai reçu une carte d’Eugène. Nous avons changé de pays ce matin, nous sommes beaucoup sur la gauche d’Amiens à la limite du Pas-de-Calais, je ne sais pas trop ce qu’ils veulent faire de nous. Ton fils qui t’aime.
Joseph.


Lindern (Allemagne – Basse-Saxe) le 26 juin 1918.
Chère sœur,
Toujours la même chose : santé excellent et pour vous tous, il doit en être de même et l’andouille, je l’attends car je commence à en avoir perdu le goût depuis longtemps que j’en ai pas goûté. De ce moment, la boustifaille est maigre. Affectueux bonjour à tous. Ton frangin tout dévoué.
J. Amiaux.
Cittadella (Italie) le 9 août 1918.
Chère sœur,
Nous devons embarquer ce soir, destination que tu dois te douter . Ne vous en faites pas on va se cramponner à la rampe. La santé est excellente et je désire qu’il en soit de même pour toi, ainsi que maman et Eugène. Cette carte que je te fais, je vais la mettre en route car les lettres ne partent plus. Le voyage ne va pas être intéressant comme pour venir, on va être serrés comme des sardines et pour faire un trajet pareil je vous enverrai des cartes le long du trajet. Je crois que nous ne passons pas par la côte d’azur. Une fois rendu à destination je vous enverrai des détails. Ton frère qui t’embrasse ainsi que toute la famille.
Joseph.
