Correspondances de poilus 1914-1918

Courriers Joseph AMIAUX – 1916

Joseph AMIAUX (1897-1962)

« Je tenais à commencer la publication des principaux courriers de Joseph AMIAUX par ces deux lettres qu’il a écrit à sa mère juste après la mort de son ami. Il l’a vu mourir et en est resté profondément attristé et meurtri ».

Alphonse est mort …

Photos du 1er Régiment de Génie en exercice

Versailles, le 10 janvier 1916.

Versailles, le 13 janvier 1916.

Versailles, le 15 janvier 1916

Caserne des petites écuries (Versailles)

Versailles, le 17 janvier 1916.

Versailles, le 24 janvier 1916.

Versailles, le 25 janvier 1916.

Ton frère qui pense à toi. J. Amiaux   

Images du camp de Satory à Versailles

Versailles, le 03 avril 1916.

Versailles, le 11 juillet 1916,

Chère mère,

Je suis toujours bien et je désire de même pour toute la famille. Aujourd’hui il y a encore la revue par le général, cela commence à être ennuyeux. Il y a eu une conférence au sujet des prisonniers. L’on nous a toujours recommandé que si on était fait prisonnier un jour viendra d’enlever nos écussons car les boches ne font pas de quartier surtout avec les sapeurs du 1er Génie ou les compagnies du gaz. Rien d’autre chose pour le moment. Je termine en t’embrassant bien fort ainsi qu’Aline et Eugène.

Ton fils qui t’aime pour la vie. Joseph.

Morains (Marne), le 24 juillet 1916.

Chère mère,

Je suis arrivé ce matin dans ce nouveau pays, pays qui a été dévasté lors de l’invasion. La grange où je suis logé n’a pas trop souffert mais le bourg est dévasté, c’est un triste pays où on ne voit pas de civil, on ne voit que des tombes de militaires. C’est un peu plus loin qu’il faut en voir des tombes et de la gare il ne reste que des murs. Dans le patelin on ne trouve rien à acheter, même pas du papier. Je crois qu’on va aller dans un autre patelin un peu plus loin que la Fère Champenoise. Il ne va pas faire chaud coucher sous une grange comme ça car elle est remplie de trous dans les murs. Enfin il faut s’habituer à la misère. Ca ne vaudra pas Versailles comme vie.

Tu m’adresseras mes lettres : 1er Génie – 106 Cie – Section 2 – Escouade 1 par Versailles à suivre car le secteur n’est pas encore établi ou on ne nous l’a pas dit. Le pays ne vaut pas encore la Bretagne.

Bien le bonjour à tous, ton fils qui t’aime, Joseph.

Grange dans laquelle Joseph AMIAUX a passé la nuit du 24 au 25 juillet 1916

Morains (Marne), le 30 juillet 1916.

Chère mère,

Je suis content de ma journée, je suis allé à Bergères et j’ai eu la veine de trouver Eugène, Lemoine et son copain qui était venu chez nous pendant sa peine de 8 jours et un autre gars de Ploërmel. Il a été tout étonné quand il m’a vu. Je l’ai trouvé en train de jouer aux cartes en face son cantonnement. On a fait un tour ensemble. Il ne s’attendait pas à me voir, j’étais dans ces parages là. Il va venir dimanche prochain me rendre visite. On est heureux de se revoir si loin du pays. L’argent commence à s’en aller. Il me reste à vous dire bonjour.

Ton fils qui t’aime pour toujours, Joseph.

Morains (Marne), le 30 juillet 1916.

Morains (Marne), le 1er août 1916.

Chère mère,
Je viens de recevoir la lettre d’Eugène ainsi que le papier qui était dedans. Ce midi on a été bivouaqué, c’est à dire qu’on a monté nos tentes et toute l’après-midi on a rien fait. On fait du café mais ce matin aussi. Dimanche j’ai assisté à une partie de la messe dans une petite chapelle du château mais comme il était l’heure de la soupe je n’ai pas resté car je m’en serais passé. Victor Hermenier a de la veine d’être chez lui. Je suis content que ma montre a été expédiée. Je termine en t’embrassant très fort.
Ton fils qui t’aime, Joseph.

Je ne sais pas si tu as reçu ma lettre où je te demandais de m’envoyer de l’argent.

Bergères-les-Vertus (Marne), le 9 août 1916.

Chère mère,

J’ai reçu la carte d’Aline et celle d’Eugène ce soir, une de ma marraine, et de Pierre Boussageon. La santé va toujours mais depuis deux jours j’ai la diarrhée ainsi que tous les copains, ça vient de l’eau et pourtant pour passer la soif il faut bien en boire. Aujourd’hui nous avons fait une marche et à midi nous sommes retournés à Coligny ce qui représente environ 32 kilomètres. Je t’assure qu’on en a plein le derrière ! Fait ton possible pour trouver de l’alcool de menthe Ricqlès comme en vendait Mr Périat comme ça dans l’eau c’est très bon car le quart de pinard ne suffit pas. Enfin je suis content que ma montre soit expédiée.

Ton fils qui t’embrasse, Joseph.


Coligny (Ain), le 13 août 1916
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Chère mère,

Je suis dans un nouveau pays depuis hier. C’est plus agréable qu’à Aulnay aux planches. C’est un patelin pas tout à fait grand comme Plumieux. Il y a un bureau de tabac, 3 cafés, une épicerie, une charcuterie et une boulangerie. nous sommes, mon escouade, dans un grenier et nous sommes très bien ; il fait chaud et la patronne est bien gentille ; à midi, elle nous a cédé de la salade et comme ça, on va pouvoir en manger. Entre nous autres, on a acheté l’huile et le vinaigre, mais c’est cher. Enfin tant que je serai ici, je serai encore mieux. La vie est dur mais agréable. Hier midi, quand on a déménagé, il était 2 heures et je t’assure qu’on était trempé de sueur. Je termine en t’embrassant de tout cœur.
Joseph.


Coligny (Ain), le 19 août 1916.

Chère sœur,
Je suis toujours bien et je désire qu’il en est de même pour toi ainsi que toute la famille. J’ai encore changé d’escouade et de logement c’est la 3e escouade maintenant mais ça ne change rien pour cela et n’y à quoi adresser les lettres à la 3e.
Sur la carte c’est où que nous allons chercher notre manger car c’est que le cuistot fait la popotte. Avant je logeais la 1ière maison à droite mais maintenant c’est la deuxième.
Depuis que nous sommes là il y a du cidre à 0.80 le litre mais il n’est pas très buvable il est noir et le vin est très cher.
Hier nous avons été sous la pluie toute l’après midi, nous étions au tir (?)
Demain Eugène Lemoine et ses copains viennent me voir on va passer encore passer une bonne journée.
Je termine en t’embrassant de tout cœur ainsi qu’Eugène et maman.

Ton frère qui t’aime
Joseph


Coligny (Ain), Le 22 août 1916.

Cher frère
Voilà déjà 1 mois que je suis parti de Versailles. Hier soir j’ai reçu ta carte mais j’ai remarqué que tu ne mets jamais la date comme cela je ne sais pas le temps que les lettres mettent à venir. Par ici il n’y a pas de dimanche. Les gens travaillent toujours. Notre sous lieutenant a eu son 2e galon et pour cela il a fallu turbiner comme des nègres ; ce matin nous avons commencé des tranchées et pour commencer on pioche et on pelle coucher et après à genoux et à une certaine profondeur debout. Je t’assure que c’est dur, celui qui n’aurait pas l’habitude de faire cela ; c’est absolument comme font les sapeurs du front sous la mitraille. En arrivant on a encore manœuvrer et on a mangé il était 10h30 passé comme tous les jours. J’ai reçu la photo d’Eugène BRUN et j’attends toujours la vôtre. Tu diras à Aline qu’elle n’oublie pas de me faire des gants pour cet hiver. Le matin il fait déjà un brouillard qui est froid mais dans la journée il fait tout à fait chaud.

Je termine en t’embrassant de tout cœur ainsi que maman et Aline.

Ton frère Joseph

Coligny (Ain), le 27 août 1916.

Chère mère
Je viens de recevoir ton colis en très bon état rien de détérioré. Eugène Lemoine est venu me voir et après que la cuisine a été fini on sorti ensemble, on parle du vieux patelin alors ça passe le temps, il a mangé avec nous. L’argent commence à faire défaut car il a fallu acheter à manger tous ces jours ci. Je suis content d’avoir l’alcool de menthe.
Je termine car je ne vois plus à écrire.


Ton fils qui t’aime
Joseph.

Broussy-le-Petit (Marne), le 1er septembre 1916.


Chère Mère
Je suis toujours bien et je désire qu’il en est de même pour toi. Hier nous avons été en marche et nous avons passé dans le pays que je t’envoie. Je t’enverrai où nous avons arrêter pour camper et t’assure qu’on était bien las quand nous sommes arrivés mais ça ne nous empêche pas de nous amuser jusque 11h ou minuit après la marche faite on ne pense plus dans la fatigue qu’on a enduré. Ce soir nous devons aller coucher dans les tranchées tu vois que nous allons avoir un bon sommier et les petits crapauds qui sont dans le fond vont nous désennuyer à nous passer sur la figure on ne s’en fait pas du tout pour cela. J’ai reçu une lettre de Feuillafée il se trouve dans la Somme il a rencontré A. Lorand, Emile ?Elie? et des gars de Plumieux. J’ai appris que ?Jois Marsue? était mort ça me fait de la peine car il m’écrivait tout le temps c’est Nini Herve qui m’a dit cela. D’après les cartes tu vois que je suis dans un pays où il y a de gentilles maisons depuis deux ans.
Je termine en t’embrassant de tout cœur ainsi qu’Eugène et Aline.
Ton fils qui t’aime.
Joseph

Conserve toutes ces cartes car si j’ai le bonheur de revenir au pays ça me rappellera le début de ma campagne.


Broussy-le-Grand (Marne), le 2 septembre 1916.

Cher frère
Je t’envoie la photo où nous avons cantonné jeudi. Hier soir presque toute la nuit c’était épatant de voir l’infanterie lancer les fusées ? chantes ? et les grenades tu dirais juré un feu d’artifice. Par ici il a fait des orages et il y a des peupliers une autre fois gros comme moi cassés en deux et il y en a beaucoup. Donne moi toujours des nouvelles du pays ça me désennuie beaucoup.
Je termine en t’embrassant de tout cœur.

Ton frangin qui pense à toi
Joseph

Verdun (Marne), le 19 septembre 1916.

Verdun (Marne), le 26 septembre 1916.


Verdun (Marne), le 29 septembre 1916.

Chavanges (Aube), le 19 octobre 1916.

Chère mère, J’ai fait un très bon voyage, j’étais rendu hier à 8 heures à Ploërmel. J’ai trouvé les copains à la gare et on a voyagé ensemble. En route tu parles d’une vie, la moitié du train était resté en panne et il a fallu aller le rechercher. Pendant que j’étais à la maison ici il a gelé fort et les copains n’avaient pas chaud. Enfin en voilà pour 4 mois. Au plaisir de se revoir. Ton fils qui t’embrasse bien fort et qui t’aime ainsi qu’Aline.

Joseph – 1er Génie – Cie 106 – 1ère Section.

Chavanges (Aube), le 20 octobre 1916.

Chère Mère
J’ai reçu ta lettre hier soir attendue depuis si longtemps et je t’en remercie beaucoup. Je pense qu’Eugène devait être content d’avoir vu Fernand et j’aurais bien voulu en être de la fête. Ces jours là moi je n’étais pas aux noces il fallait s’appuyer une grande route et avec un chargement pareil et rien dans le coco. J’aurais voulu voir Fernand car dans combien de temps l’on se reverra et quand? Il doit être toujours au Génie monté pour qu’il ne va pas aux tranchées, il a eu de la veine d’avoir ce filon là, vis à vis de mon ?truc? ce n’est plus à comparer.

Je termine en t’embrassant de tout cœur ainsi qu’Aline.
Ton fils qui t’aime.
Joseph



Chavanges (Aube), le 29 octobre 1916
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Chère sœur
Je suis toujours bien et je désire qu’il en est de même pour toi ainsi que maman. Aujourd’hui dimanche la flotte dégringole à plein temps et tous les jours c’est comme ça. Hier soir nous avons eu boulot de nuit et je t’assure qu’il ne faisait pas beau et boueux comme c’est on était joli.
Nous attendons les permissionnaires pour aller à notre tour et je serai surement du 10 au 13 peut être avant. Maman me parlait pour des montres. Elle peut s’adresser en toute sûreté où elle me disait.
Je termine en t’embrassant de tout cœur ainsi que maman.
Ton frère qui t’aime.
Joseph

Verdun (Marne), le 2 novembre 1916.

Soldats à Verdun (Marne) – 1916