
« Je tenais à commencer la publication des principaux courriers de Joseph AMIAUX par ces deux lettres qu’il a écrit à sa mère juste après la mort de son ami. Il l’a vu mourir et en est resté profondément attristé et meurtri ».
Alain Rogemont
Alphonse est mort …


Le 25 octobre 1918.
Chère Maman,
Je suis toujours bien. Alphonse vient d’être tué il y a une heure. Pauvre camarade, il a eu la tête presque détachée. Je pleure encore comme un gosse. Il a été tué à 20 mètres de moi. Ses affaires vont être envoyées à la compagnie.
J’ai son stylo et son papier à lettre et deux ou trois lettres que j’enverrai à ses parents. Pour sa montre et son argent, je ne l’ai ai pas vus ; c’est le brancardier.
Il a été tué dans un champ, nous étions à creuser notre trou. Il est enterré où il a été tué mais je ne connais pas le nom du pays qui est à côté.
Je ne sais pas comment faire pour prévenir ses parents. Bons baisers à tous.
Joseph
Excuse mon écriture, j’ai écrit cette lettre avec son stylo. Je le remettrai chez lui quand nous serons au repos.


Le 26 octobre 1918.
Chère Maman,
Je t’ai écrit hier pour t’annoncer la mort de mon pauvre Alphonse. Je ne puis voir sa tombe sans que les larmes me viennent aux yeux. Il est enterré où il a été tué. Le village se nomme Le Blocus Vénérolles près de Wassigny (Aisne)
Ce matin j’ai fait un colis de ce qu’il y avait dans son sac, son rasoir, son béret, etc. Pour son argent, sa photo, sa montre ça a été remis au Capitaine. Le colis, je l’ai adressé à son oncle Eugène et qui en même temps préviendra la famille.
J’ai eu un cafard terrible surtout après des coups comme ça. Il a été tué nous étions à faire un trou pour nous mettre à l’abri.
Bons baisers à tous. Joseph.
Photos du 1er Régiment de Génie en exercice






Versailles, le 10 janvier 1916.

Cher frère, Je viens de recevoir ta carte ainsi que celle d’Aline Moy. Envoyez moi le couteau le plus vite possible dans un petit colis que vous m’enverrez par la poste avec du chocolat et ce que vous voudrez avec mais pas de beurre. Je termine en t’embrassant bien fort.
Ton frère, un poilu qui compte 4 mois de service.
Cette carte, c’est où je me trouve F. Poirier. Pour le couteau ; j’aime mieux l’avoir le plus vite possible car d’ici que j’irai en perme ; je ne sais quand et pour le certificat, il ne faudra pas l’oublier.
Versailles, le 13 janvier 1916.
Chère sœur, Je suis toujours en bonne santé. Nous avons passé hier la revue du général et nous allons à l’exercice tous les jours et je t’assure qu’on souffre bel et bien. Hier nous avons touché le prêt et le tabac, nous ne sommes pas bien nourris et pas bien couchés. Donnez-moi de vos nouvelles car je m’ennuie de ne rien recevoir. Je vais vous envoyer ma frimousse ces jours-ci. Je suis avec la 9e et 10e.
Ton frère qui pense à toi.
à Aline Amiaux – La Trinité-Porhoët – Morbihan
Versailles, le 15 janvier 1916

Bien le bonjour de Versailles, c’est la caserne où je suis cantonné.
Ton frère qui t’embrasse de loin.
Eugène Amiaux chez ses parents – Le Trinité-Porhoët – Morbihan
Versailles, le 17 janvier 1916.
Chère mère, Je suis toujours bien et je désire qu’il en est de même à la maison. Aujourd’hui nous avons touché tous les outils qu’il nous faut. Moi, j’ai une masse et le burin. Tout cela va encore alléger le sac et ce n’est plus les petits outils comme se servent les fantassins. Je termine car je n’ai pas le temps. Ton fils qui t’aime, Joseph. J’ai reçu la carte d’Eugène.
Versailles, le 24 janvier 1916.
Chère mère, Tu trouveras peut-être rigolo 2 cartes dans la même journée mais je n’avais pas reçu ta lettre avec le billet de 5 francs.
ça fait drôlement plaisir quand on aperçoit un joli petit billet comme ça dans une lettre. Je n’ai plus rien à te raconter à part la flotte qui dégringole aujourd’hui. Ton fils qui t’aime et qui se porte à merveille.
Joseph.

Versailles, le 25 janvier 1916.
Je suis toujours bien pour le moment et j’espère qu’il en est de même pour vous. J’ai changé d’escadron et d’escouade. Voici mon adresse : Joseph Amiaux – s/m au 1er Génie – Cie 5/27 3 Section.
à Mr et Mme Amiaux – Horlogerie – La Trinité-Porhoët – Morbihan

Versailles, le 2 février 1916.
Chers parents,
Encore quelques mots pour donner de mes nouvelles qui sont toujours bonnes et quant à vous j’espère qu’il en est de même. Quant à la permission pour les noces d’Eugène, il ne faut pas y compter. J’ai reçu une lettre de tonton Jean-Baptiste et il me dit qu’il est inscrit au tableau pour la médaille. Par ici c’est toujours la même chose et je ne suis pas malheureux, on a à manger à discrétion et l’après-midi 1/4 de thé lorsqu’on est à faire l’exercice, le midi 1/4 de vin ou de cidre et le soir de l’eau. Pendant les repas, on passe voir les officiers pour voir si les repas sont bien arrangés. Je ne vois plus d’autres choses à vous raconter, je termine ma lettre en vous embrassant bien fort ainsi que Eugène et Aline.
Votre fils Joseph – s/m au 1er Génie – 5ème Cie / 27 – 3 Section – 40 Escouade. Classe 1917
Je viens de recevoir la carte d’Aline.
Versailles, le 4 février 1916.

Chère sœur, J’ai reçu ta carte et je suis content de recevoir de tes nouvelles. Écrivez moi le plus souvent possible, moi j’écris tous les jours. En même temps quand vous m’envoyez ce que je demande, envoyez moi du cirage au loin noir car il est cher par ici et 2 papiers de feuilles à cigarettes. Je fais laver mes treillis car c’est mieux que de faire sécher, maintenant s’ils ne sont pas prêts on se fait attraper. Je ne vois plus rien à te dire, je termine en t’embrassant bien fort et ainsi que toute la famille.
Ton frère qui pense à toi. J. Amiaux
Versailles, le 4 février 1916.
Cher frère,
Je t’écris cette carte couché sur mon lit et je t’assure que s’il avait fallu faire ça dans le civil, ah quel métier de fainéant une fois le boulot finit. On est tout le temps sur son lit, c’est vrai qu’il sert de chaise. Nous allons être vacciné contre la typhoïde et j’en donnerai les résultats si tu seras par ici. Tu serais étonné de voir tant d’aéros, d’autos et on voit des dirigeables bien souvent. Continue à te mettre à revoir les clients et pour quand je reviendrai de faire mon temps, tu serais à l’habitude. Reçois de ton frère un gros baiser.
J. Amiaux.


Versailles, le 5 février 1916.
Chère Grand-mère,
J’ai fait un très bon voyage pour Versailles, cela m’a semblé drôle de reprendre la vie de caserne. Eugène et sa jeune femme ont eu le temps de s’ennuyer à Ploërmel, leur train ne partait qu’à 2 heures et ils sont venus à la gare avec moi. En arrivant, c’est-à-dire samedi j’ai été vacciné pour la 4ème et dernière fois et je t’assure que j’en suis bien content et je n’ai rien eu à part une légère douleur à l’épaule. Aujourd’hui dimanche il faut rester couché sur son lit et ce n’est guère agréable quand on n’est pas malade.
En t’embrassant bien fort, ton petit-fils qui pense à toi. J. Amiaux – Bien le bonjour à Marie et embrasse bien ma filleule pour moi.
Versailles, le 5 février 1916.
Chère sœur,
Je t’écris cette carte ; il est bientôt 10 heures et je viens de me lever et toute la journée, il faut qu’on se couche ou se jeter sur son lit. L’? est terminée et j’en suis bien content cette fois ci. Je n’ai rien eu non plus sauf une légère douleur à l’épaule. Aujourd’hui, nous avons eu moins de neige et si la terre avait été glacée; il aurait eu autrement. Ce matin, nous avons eu comme casse-croûte, un petit morceau de pâté de foie ; c’est sans doute parce que c’est dimanche et qu’on ne sort pas. Nous allons changer de caporal avant les autres escouades car ils sont désignés pour partir au front. Ce matin, j’ai eu une carte d’Hermine Moy me demandant d’aller les voir et en me disant qu’ils comptaient sur moi un de ces dimanches mais je n’irai pas tout de suite et je vais lui écrire en les prévenant de mon passage. Je ne vois plus rien à te raconter pour aujourd’hui, aussi, je termine en t’embrassant bien fort ainsi qu’Eugène et Maman. Ton frère qui pense à toi ainsi qu’au bon cidre que j’ai laissé au vieux pays du Porhoët.
J. Amiaux.

Versailles, le 14 février 1916.
Chers parents,
Je suis toujours bien et j’espère qu’il en est ainsi pour vous. Aujourd’hui, nous avons encore de la pluie et ce soir, il pleut encore ; décidément, le temps est parti à la flotte. Nous sommes encore consignés jusqu’à vendredi soir à cause de ce maudit vaccin. Nous allons être repiqués mercredi, deux autres fois encore et ce sera fini vers la fin du mois car c’est une fois par semaine. Ne m’envoyez pas ce que je vous avais demandé car on n’a pas le droit à manger le jour et le lendemain du vaccin. C’est absolument défendu car on pourrait en mourir et du reste ; ils ont passé une ? dans les boites à paquetage. Quand ce sera terminé ; je vous le dirai et vous pourrez m’envoyer. Je ne vois plus rien à vous dire pour le moment. Je termine en vous embrassant bien fort. Votre fils qui vous aime et qui pense toujours à vous.
Joseph.
Versailles, le 17 février 1916.
Chers parents,
Ce matin, ça va pas mal, ça va mieux que pour la 1ere piqûre mais c’est également l’épaule qui s’en ressent. Maintenant, je vous avais dit de ne pas envoyer le pâté avant la fin de la vaccination ; mais vous pouvez l’envoyer dès que vous trouverez du lard et par là même, vous pourrez m’envoyer du chocolat, ça fait un grand bien avec un bon bout de pain quand on est à faire l’exercice. Mais ce qui me ferait plus plaisir encore à avoir une bonne barrique de cidre mais inutile ; il n’y a pas moyen. Là, il ne veut que du 40° et de la vraie saleté. Mon caporal m’avait proposé une plume de 24″ l’autre jour, mais j’aime mieux attendre quelques temps avant d’aller à Paris ; mais pour pâques ; je pense avoir une bonne petite permission. Quant à La Baille, je n’en savais rien pour son père et surtout que je ne le fréquente pas beaucoup et je ne sais pas s’il est allé à l’enterrement car il est toujours à l’infirmerie. Je termine ma carte en vous embrassant bien fort. Votre fils dévoué.
(Envoyez moi le plus souvent possible de vos nouvelles car j’aime bien recevoir des nouvelles)
Joseph.
Versailles, le 20 février 1916.
Chère sœur,
Je suis toujours très bien malgré que je sois un peu enrhumé et j’ai acheté des pastilles, je n’ai pas eu de veine car le porte-monnaie que j’ai acheté avant de partir est manqué. Je vais être obligé d’en acheter un et j’ai perdu 2 jours à acheter tout ce qu’il faut pour s’entretenir. Le matin la soupe n’est plus bonne alors on achète du pain à la cantine. Le pognon commence à manquer. Il me reste encore 6 francs. Ton frère J. Amiaux.


Versailles, le 23 février 1916.
Chers Parents,
Nous avons été piqués ce matin mais pendant ce temps on se serre la ceinture, rien que sa part de soupe et pas beaucoup de pain et plus ça va et plus la dose de … est forte. J’ai reçu une lettre d’Alexis Guillemaud, une d’Aline et une de Lucien Marsac. Je termine en vous embrassant bien fort.
Votre fils Joseph.
L’épaule commence à me faire mal.

Versailles, le 17 mars 1916.

Chère sœur,
Je suis bien et je pense qu’il en est de même pour toi. Je t’écris cette carte avant d’aller à l’exercice, on se lève vers 6 heures et comme ça on a le temps de faire son boulot. Tu souhaiteras le bonjour quand tu iras là-haut ainsi qu’aux voisins. Aujourd’hui le temps à l’air de se remettre à la pluie et il va être beau, au camp on va avoir de la boue jusqu’aux genoux. Je ne vois plus rien à te raconter, je termine en t’embrassant bien fort.
Ton frère qui pense à toi très fort. Joseph
Versailles, le 19 mars 1916.
Cher Frère,
Aujourd’hui il a fait un temps superbe, il a fait beau. Je me promène dans le parc. Il y a eu du changement depuis au pays ; dire que j’étais à l’assemblée à la ville Jaudoin. J’ai reçu ta lettre ainsi que toutes vos correspondances. Cher frère, je termine en t’embrassant bien fort.
Ton frangin qui pense à toi. Joseph

Versailles, le 23 mars 1916.
Cher Frère,
Quelques mots pour te dire que je suis en bonne santé et je pense qu’il en est de même. Aujourd’hui il fait froid et un temps brumeux. La voiture que je t’envoie en photo, je l’ai vu l’autre dimanche, je t’assure que ça vaut le coup d’œil. Je ne vois plus rien à te raconter, je termine en t’embrassant de tout cœur.
Ton frère qui pense à toi et qui pense te revoir à Pâques. Joseph.
Versailles, le 24 mars 1916.
Chère Grand-mère,
Je suis toujours bien et j’espère qu’il en est de même pour toi. Aujourd’hui il fait froid, la neige est tombée ce matin mais elle a fondu. Maintenant je ne suis pas foulé d’ouvrage il n’y a pas que le matin que je ??? sans cela l’après-midi au lieu d’aller faire des tranchées et compagnie au camp je vais jouer du clairon, nous sommes 12 et nous ne sommes pas les plus malheureux.
Chère Grand-mère je termine en t’embrassant de tout cœur.
Ton petit fils qui t’aime. J. Amiaux
Versailles, Le 26 mars 1916.

Cher frère,
Aujourd’hui il a fait mauvais temps, je pensais aller voir François Poirier mais il a fait trop vilain temps et je t’avoue que j’ai fait mes commissions et vite.
Reçois de ton frère un bon baiser. Joseph Amiaux
Versailles, le 26 mars 1916.
Chère mère,
Déjà un mois que j’étais au pays et dans quelques jours ça va déjà faire 3 mois au commencement de cette année. Aujourd’hui il fait un froid de chien et il ne va pas faire beau à sortir. La charcuterie était tout à fait bonne et je te remercie beaucoup. Mon beurre, je ne l’ai pas encore touché. Je ne vois plus rien à te raconter, je termine ma carte en l’embrassant de tout cœur.
Ton fils qui t’aime. Joseph
Versailles, le 03 avril 1916.
Chère sœur,
Pour le moment ça va tout à fait bien et j’espère qu’il en est de même pour toi ainsi qu’à la maison et grand mère comment va-t-elle maintenant.
Aujourd’hui nous avons eu la chemise mouillée je t’assure avec le sac sur le dos toute la matinée et demain encore 20 km à faire avec ça tout le temps. Les premiers temps ça tire sur les épaules mais maintenant on commence à être à l’habitude.
Voilà 3 mois de service dans 4 jours. Et quand la fuite je n’en sais rien. D’après ce qu’on dit on ne resterait pas à Versailles on irait au camp une fois nos classes faites. Ce qui m’a fait plaisir aujourd’hui c’est d’apprendre qu’on va avoir 4 ou 6 jours pour Pâques.
Depuis hier midi on touche 1/4 de cidre le midi et faut espérer que ça continue. Hier midi j’ai été au camp et j’ai passé une bonne après-midi avec Théophile.
Je termine en t’embrassant bien fort,
Ton frère qui t’aime
Joseph


Versailles, le 12 avril 1916.
Chère sœur,
C’est avec plaisir que j’ai reçu ta lettre hier soir ; ça fait plaisir de recevoir des nouvelles de son pays. Aujourd’hui, j’ai entamé une boite de pâté ; il est très bon mais je le ménagerai. J’ai bien de tout dans mon colis mais les pastilles ; j’en ai de quoi en manger 4 ou 5 et c’est tout. Le prochain colis ; autant que possible, l’entourer entièrement de toile ou de petites planchettes, mais ne pas envoyer la montre dedans comme je l’ai déjà dit, car elle serait cassée et il n’y a pas d’horloger dans le patelin ; le plus près est à la frontière champenoise. je ne sais pas ce qui se passe au front en ce moment, mais la nuit dernière, ça cognait dur. Aujourd’hui, je suis vanné. J’ai mal aux épaules et aux reins ; c’est le poids du sac qui fait cela car il n’est pas léger ; maintenant, tout cela fait du bien ; ça développe. le réveil, maintenant, est à 4h30mn d’ici nouvel ordre.
Je termine en t’embrassant de tout cœur ainsi qu’Eugène et Maman.
Ton frère Joseph.
Versailles, le 11 juillet 1916,

Chère mère,
Je suis toujours bien et je désire de même pour toute la famille. Aujourd’hui il y a encore la revue par le général, cela commence à être ennuyeux. Il y a eu une conférence au sujet des prisonniers. L’on nous a toujours recommandé que si on était fait prisonnier un jour viendra d’enlever nos écussons car les boches ne font pas de quartier surtout avec les sapeurs du 1er Génie ou les compagnies du gaz. Rien d’autre chose pour le moment. Je termine en t’embrassant bien fort ainsi qu’Aline et Eugène.
Ton fils qui t’aime pour la vie. Joseph.

Versailles, le 20 juillet 1916.
Chère mère,
Je suis toujours bien et je désire qu’il en est de même pour toi ainsi que toute la famille.
C’est dimanche matin à 9h1/4 que nous prenons le train. Comme peine avant notre départ on a eu que 24h d’accordés comme ça je n’ai pas pu m’en aller mais j’espère qu’étant au front je pourrais revenir en 6 jours. Aujourd’hui nous n’avons rien fait nous sommes tous prêts à partir. Le sac monté complètement et les cartouches nous les toucherons sans doute que le matin du départ. Je termine en t’embrassant bien fort, ainsi qu’Eugénie et Aline.
Comme vivres pour 2 jours nous avons une petite boite de sardines et de singe et une petite boite de pâté entre deux. Avec cela on ne pourra pas se rassasier et faudra en acheter d’autres.
Ton fils Joseph
Bien le bonjour à tante Eugénie et ses mioches.
Morains (Marne), le 24 juillet 1916.
Chère mère,
Je suis arrivé ce matin dans ce nouveau pays, pays qui a été dévasté lors de l’invasion. La grange où je suis logé n’a pas trop souffert mais le bourg est dévasté, c’est un triste pays où on ne voit pas de civil, on ne voit que des tombes de militaires. C’est un peu plus loin qu’il faut en voir des tombes et de la gare il ne reste que des murs. Dans le patelin on ne trouve rien à acheter, même pas du papier. Je crois qu’on va aller dans un autre patelin un peu plus loin que la Fère Champenoise. Il ne va pas faire chaud coucher sous une grange comme ça car elle est remplie de trous dans les murs. Enfin il faut s’habituer à la misère. Ca ne vaudra pas Versailles comme vie.
Tu m’adresseras mes lettres : 1er Génie – 106 Cie – Section 2 – Escouade 1 par Versailles à suivre car le secteur n’est pas encore établi ou on ne nous l’a pas dit. Le pays ne vaut pas encore la Bretagne.
Bien le bonjour à tous, ton fils qui t’aime, Joseph.

Morains (Marne), le 30 juillet 1916.
Chère mère,
Je suis content de ma journée, je suis allé à Bergères et j’ai eu la veine de trouver Eugène, Lemoine et son copain qui était venu chez nous pendant sa peine de 8 jours et un autre gars de Ploërmel. Il a été tout étonné quand il m’a vu. Je l’ai trouvé en train de jouer aux cartes en face son cantonnement. On a fait un tour ensemble. Il ne s’attendait pas à me voir, j’étais dans ces parages là. Il va venir dimanche prochain me rendre visite. On est heureux de se revoir si loin du pays. L’argent commence à s’en aller. Il me reste à vous dire bonjour.
Ton fils qui t’aime pour toujours, Joseph.

Morains (Marne), le 30 juillet 1916.
Cher Frère,
Aujourd’hui dimanche comme balade il n’y à que les plaines à voir. Il fait tout chaud, les grains sont presque tous coupés par ici. J’ai réussi tout de même à trouver deux cartes des environs. J’ai passé auprès de ces maisons vendredi, c’est à 1 km 900 de là où je suis. Dans le village qui est assez important il reste encore 2 ou 3 fermes. Il y a des tombes du régiment où était Joseph Bret du 68ème. Aujourd’hui il y a une revue de casernement mais ce qu’il y a de bon c’est qu’il n’y a pas de carreaux à nettoyer. Le régiment d’Eugène Lemoine est maintenant à 6 kms tout au plus, je vais tâcher d’aller le voir. Je termine en t’embrassant bien fort ainsi que maman et Aline.
Ton frère qui t’aime. Joseph

Morains (Marne), le 1er août 1916.
Chère mère,
Je viens de recevoir la lettre d’Eugène ainsi que le papier qui était dedans. Ce midi on a été bivouaqué, c’est à dire qu’on a monté nos tentes et toute l’après-midi on a rien fait. On fait du café mais ce matin aussi. Dimanche j’ai assisté à une partie de la messe dans une petite chapelle du château mais comme il était l’heure de la soupe je n’ai pas resté car je m’en serais passé. Victor Hermenier a de la veine d’être chez lui. Je suis content que ma montre a été expédiée. Je termine en t’embrassant très fort.
Ton fils qui t’aime, Joseph.
Je ne sais pas si tu as reçu ma lettre où je te demandais de m’envoyer de l’argent.

Bergères-les-Vertus (Marne), le 9 août 1916.
Chère mère,
J’ai reçu la carte d’Aline et celle d’Eugène ce soir, une de ma marraine, et de Pierre Boussageon. La santé va toujours mais depuis deux jours j’ai la diarrhée ainsi que tous les copains, ça vient de l’eau et pourtant pour passer la soif il faut bien en boire. Aujourd’hui nous avons fait une marche et à midi nous sommes retournés à Coligny ce qui représente environ 32 kilomètres. Je t’assure qu’on en a plein le derrière ! Fait ton possible pour trouver de l’alcool de menthe Ricqlès comme en vendait Mr Périat comme ça dans l’eau c’est très bon car le quart de pinard ne suffit pas. Enfin je suis content que ma montre soit expédiée.
Ton fils qui t’embrasse, Joseph.
Coligny (Ain), le 13 août 1916.
Chère mère,
Je suis dans un nouveau pays depuis hier. C’est plus agréable qu’à Aulnay aux planches. C’est un patelin pas tout à fait grand comme Plumieux. Il y a un bureau de tabac, 3 cafés, une épicerie, une charcuterie et une boulangerie. nous sommes, mon escouade, dans un grenier et nous sommes très bien ; il fait chaud et la patronne est bien gentille ; à midi, elle nous a cédé de la salade et comme ça, on va pouvoir en manger. Entre nous autres, on a acheté l’huile et le vinaigre, mais c’est cher. Enfin tant que je serai ici, je serai encore mieux. La vie est dur mais agréable. Hier midi, quand on a déménagé, il était 2 heures et je t’assure qu’on était trempé de sueur. Je termine en t’embrassant de tout cœur.
Joseph.

Coligny (Ain), le 19 août 1916.
Chère sœur,
Je suis toujours bien et je désire qu’il en est de même pour toi ainsi que toute la famille. J’ai encore changé d’escouade et de logement c’est la 3e escouade maintenant mais ça ne change rien pour cela et n’y à quoi adresser les lettres à la 3e.
Sur la carte c’est où que nous allons chercher notre manger car c’est que le cuistot fait la popotte. Avant je logeais la 1ière maison à droite mais maintenant c’est la deuxième.
Depuis que nous sommes là il y a du cidre à 0.80 le litre mais il n’est pas très buvable il est noir et le vin est très cher.
Hier nous avons été sous la pluie toute l’après midi, nous étions au tir (?)
Demain Eugène Lemoine et ses copains viennent me voir on va passer encore passer une bonne journée.
Je termine en t’embrassant de tout cœur ainsi qu’Eugène et maman.
Ton frère qui t’aime
Joseph
Coligny (Ain), Le 22 août 1916.
Cher frère
Voilà déjà 1 mois que je suis parti de Versailles. Hier soir j’ai reçu ta carte mais j’ai remarqué que tu ne mets jamais la date comme cela je ne sais pas le temps que les lettres mettent à venir. Par ici il n’y a pas de dimanche. Les gens travaillent toujours. Notre sous lieutenant a eu son 2e galon et pour cela il a fallu turbiner comme des nègres ; ce matin nous avons commencé des tranchées et pour commencer on pioche et on pelle coucher et après à genoux et à une certaine profondeur debout. Je t’assure que c’est dur, celui qui n’aurait pas l’habitude de faire cela ; c’est absolument comme font les sapeurs du front sous la mitraille. En arrivant on a encore manœuvrer et on a mangé il était 10h30 passé comme tous les jours. J’ai reçu la photo d’Eugène BRUN et j’attends toujours la vôtre. Tu diras à Aline qu’elle n’oublie pas de me faire des gants pour cet hiver. Le matin il fait déjà un brouillard qui est froid mais dans la journée il fait tout à fait chaud.
Je termine en t’embrassant de tout cœur ainsi que maman et Aline.
Ton frère Joseph


Coligny (Ain), le 27 août 1916.
Chère mère
Je viens de recevoir ton colis en très bon état rien de détérioré. Eugène Lemoine est venu me voir et après que la cuisine a été fini on sorti ensemble, on parle du vieux patelin alors ça passe le temps, il a mangé avec nous. L’argent commence à faire défaut car il a fallu acheter à manger tous ces jours ci. Je suis content d’avoir l’alcool de menthe.
Je termine car je ne vois plus à écrire.
Ton fils qui t’aime
Joseph.
Broussy-le-Petit (Marne), le 1er septembre 1916.
Chère Mère
Je suis toujours bien et je désire qu’il en est de même pour toi. Hier nous avons été en marche et nous avons passé dans le pays que je t’envoie. Je t’enverrai où nous avons arrêter pour camper et t’assure qu’on était bien las quand nous sommes arrivés mais ça ne nous empêche pas de nous amuser jusque 11h ou minuit après la marche faite on ne pense plus dans la fatigue qu’on a enduré. Ce soir nous devons aller coucher dans les tranchées tu vois que nous allons avoir un bon sommier et les petits crapauds qui sont dans le fond vont nous désennuyer à nous passer sur la figure on ne s’en fait pas du tout pour cela. J’ai reçu une lettre de Feuillafée il se trouve dans la Somme il a rencontré A. Lorand, Emile ?Elie? et des gars de Plumieux. J’ai appris que ?Jois Marsue? était mort ça me fait de la peine car il m’écrivait tout le temps c’est Nini Herve qui m’a dit cela. D’après les cartes tu vois que je suis dans un pays où il y a de gentilles maisons depuis deux ans.
Je termine en t’embrassant de tout cœur ainsi qu’Eugène et Aline.
Ton fils qui t’aime.
Joseph
Conserve toutes ces cartes car si j’ai le bonheur de revenir au pays ça me rappellera le début de ma campagne.
Broussy-le-Grand (Marne), le 2 septembre 1916.
Cher frère
Je t’envoie la photo où nous avons cantonné jeudi. Hier soir presque toute la nuit c’était épatant de voir l’infanterie lancer les fusées ? chantes ? et les grenades tu dirais juré un feu d’artifice. Par ici il a fait des orages et il y a des peupliers une autre fois gros comme moi cassés en deux et il y en a beaucoup. Donne moi toujours des nouvelles du pays ça me désennuie beaucoup.
Je termine en t’embrassant de tout cœur.
Ton frangin qui pense à toi
Joseph
Verdun (Marne), le 19 septembre 1916.
Chère sœur,
Je suis toujours bien et je désire qu’il en est de même pour toi. ça ne vaut pas il y a 8 jours ; la vie n’est pas si agréable encore aujourd’hui ; la pluie tombe et on est trempé et c’est dégoutant de travailler en tranchée de ce mauvais temps et ce qu’il y a ; il faut avoir les souliers propres le matin. Pour sortir dans un trou comme là ; il faut avoir le ceinturon comme à Versailles. Dimanche, on voyait des projecteurs qui fouillaient le temps pour découvrir des taules qui ont survolé Reims et qui ont tué des civils. Où j’étais dans le village d’avant ; il y a encore une compagnie du 1er d’arriver de dimanche. La mère d’Hermine m’avait dit qu’elle est employée au comptoir national d’escompte. Je t’assure que pour la prochaine perme ; je passerai plusieurs jours de plus car il n’y a rien à craindre et je pense bien, dans trois mois au moins car voilà déjà 2 mois de faits. ça fait du bien une bonne perme comme ça le lendemain de l’arrivée, on a un peu le cafard mais ça passe vite. Á bientôt de tes nouvelles. Ton frangin qui t’embrasse de tout cœur.
Joseph.

Verdun (Marne), le 26 septembre 1916.
Chère mère,
La santé est très bonne et je désire qu’il en est de même pour toute la maison. J’ai reçu une lettre de M. Potard me disant qu’il avait vu Gallais et Cousin et j’en ai reçu une de J. Laire. Je n’ai encore rien reçu de vous mais ça ne m’étonne pas car les lettres n’ont pas le temps de venir. Demain soir, nous avons travail de nuit ce qui n’empêchera pas d’aller au boulot toute la journée demain ainsi que mercredi. Je ne vois plus rien à te raconter pour aujourd’hui. Je termine en t’embrassant de tout cœur ainsi qu’Eugène et Aline. Ton gars qui pense à toi.
Joseph.
Verdun (Marne), le 29 septembre 1916.
Cher frère,
J’ai reçu ta carte et je t’en remercie beaucoup car je n’avais rien reçu depuis que j’étais parti. Tu me demandes si j’ai pu le manger ; oui et il était bon mais ce n’est pas moi qui l’ai mangé tout car je partage avec Gardahaut et Kersioux. Ce matin, nous avons été au tir mais tu parles d’un temps ; nous avons été trempé jusqu’aux os et hier, c’était de sueur jusque mon pantalon car au lieu de nous faire 4 kms de moins ; ils nous ont amené dans un patelin où ça montait comme la butte ; on n’en pouvait plus quand nous sommes arrivés. Je crois qu’ils doivent faire la liste de tous les permissionnaires pour le 1er octobre et qu’elles commenceront vers le 23, mais il ne faudra pas compter avant la fin novembre.
Ton frangin.

Chavanges (Aube), le 19 octobre 1916.
Chère mère, J’ai fait un très bon voyage, j’étais rendu hier à 8 heures à Ploërmel. J’ai trouvé les copains à la gare et on a voyagé ensemble. En route tu parles d’une vie, la moitié du train était resté en panne et il a fallu aller le rechercher. Pendant que j’étais à la maison ici il a gelé fort et les copains n’avaient pas chaud. Enfin en voilà pour 4 mois. Au plaisir de se revoir. Ton fils qui t’embrasse bien fort et qui t’aime ainsi qu’Aline.
Joseph – 1er Génie – Cie 106 – 1ère Section.

Chavanges (Aube), le 20 octobre 1916.
Chère Mère
J’ai reçu ta lettre hier soir attendue depuis si longtemps et je t’en remercie beaucoup. Je pense qu’Eugène devait être content d’avoir vu Fernand et j’aurais bien voulu en être de la fête. Ces jours là moi je n’étais pas aux noces il fallait s’appuyer une grande route et avec un chargement pareil et rien dans le coco. J’aurais voulu voir Fernand car dans combien de temps l’on se reverra et quand? Il doit être toujours au Génie monté pour qu’il ne va pas aux tranchées, il a eu de la veine d’avoir ce filon là, vis à vis de mon ?truc? ce n’est plus à comparer.
Je termine en t’embrassant de tout cœur ainsi qu’Aline.
Ton fils qui t’aime.
Joseph

Chavanges (Aube), le 26 octobre 1916.
Chère mère, Enfin voilà les permes de 7 jours . Le premier départ est parti et tu auras la visite de Duval dimanche. Reçoit le comme il faut car c’est pour moi un chic copain. Pour moi, m’a été donné notre destination de 15 jours. J’irai revoir la Trinité. Bonjour à tous, ton fils qui t’aime.
Donne à Duval un peu d’argent qu’il me remettra pour faire mon voyage. J’ai reçu le billet de 5 francs. Joseph
Chavanges (Aube), le 26 octobre 1916.
Chère mère, Il y a encore un détachement de permissionnaires de parti ce matin et il y a encore 21 matricules avant que je ne partes et ce sera sûrement pour la première quinzaine de novembre et je pourrais encore manger des châtaignes d’après ce que m’a dit Eugène. J’ai reçu la photo, le mandat et le billet de 5 frs et le colis. Donc, sans faute à un de ces jours.
Ton fils qui t’aime. Joseph
Chavanges (Aube), le 29 octobre 1916.

Chère sœur
Je suis toujours bien et je désire qu’il en est de même pour toi ainsi que maman. Aujourd’hui dimanche la flotte dégringole à plein temps et tous les jours c’est comme ça. Hier soir nous avons eu boulot de nuit et je t’assure qu’il ne faisait pas beau et boueux comme c’est on était joli.
Nous attendons les permissionnaires pour aller à notre tour et je serai surement du 10 au 13 peut être avant. Maman me parlait pour des montres. Elle peut s’adresser en toute sûreté où elle me disait.
Je termine en t’embrassant de tout cœur ainsi que maman.
Ton frère qui t’aime.
Joseph
Note : En Novembre 1916, le 1er Régiment de Génie était à Verdun (Marne) pour les réparations de voies et de communications vitales. Les travaux étaient exécutés sous un feu constant.
Verdun (Marne), le 2 novembre 1916.
Chère mère, Aujourd’hui j’ai reçu une lettre d’Eugène me disant qu’il a eu deux jours pour le Toussaint. J’avais écris à Eugène Lemoine mais ma lettre est revenue portant l’indication qu’il était parti en renfort au 294è. Il n’a pas tardé sans allé voir les boches et quand on disait que la classe 17 n’allait jamais au front. Pourtant bon nombre de Poilus de de ma classe sont déjà en tranchées.
A un de ces jours, ton fils qui t’embrasse ainsi qu’Aline. Joseph
